Une alimentation pour toutes et tous : Image à la une
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Une alimentation pour toutes et tous

Table ronde du forum de l’alimentation citoyenne à Versailles le 27 septembre 2025 : comment rendre une alimentation de qualité accessible à tous ceux et celles qui le souhaitent ?

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Intervenants :

  • Charles Fournier, Député dépositaire de la  loi d’expérimentation de la Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA)
  • Benjamin Sèze, Journaliste, spécialiste des questions sociales en France et à l’international, auteur de “Quand bien manger devient un luxe”
  • Claude Kintzig, Membre du groupe local Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA) de SQY en Transition
  • Jean-Yves Zammit, Représentant de AMD Yvelines, Aide matérielle aux personnes en difficulté
  • Anne Faure, Présidente du Jardin de Cocagne de Limon
  • Philippe Domergue, Secrétaire de l’Association Aide Matériel pour les personnes en Difficultés

1. Problématique et critique de l’aide alimentaire actuelle

Problème et chiffres clés (Charles Fournier):

  • La réflexion porte sur l’ensemble du système agroalimentaire, de la fourche à la fourchette.
  • 38% des Français ont eu un jour recours à l’aide alimentaire.
  • 20% des agriculteurs (un sur cinq) vivent sous le seuil de pauvreté.
  • Près de 19 milliards d’euros sont dépensés chaque année pour corriger les problèmes d’alimentation (obésité, etc.).
  • 130 kg de gaspillage alimentaire par personne et par an.
  • Ces chiffres révèlent un dysfonctionnement profond de la chaîne, de la production à la distribution.

Nécessité et Limites de l’Aide Alimentaire (Benjamin Sèze & Philippe Domergue):

  • L’aide alimentaire est reconnue comme nécessaire et indispensable pour lutter contre les situations de précarité alimentaire, notamment parce qu’il n’existe pas d’alternative massive.
  • Toutefois, la critique ne vise pas les acteurs qui font ce travail essentiel, mais le fait que ce ne soit pas la meilleure des réponses.
  • L’aide alimentaire fonctionne par une logique de flux poussé (avec ce qui est reçu) et non tiré par le besoin.
  • Environ 50% des personnes qui pourraient y avoir droit n’y ont pas recours, pour différentes raisons, les laissant « hors des radars ».

Qualité, Quantité et Dignité de l’Alimentation:

  • La précarité alimentaire n’est pas qu’une question de quantité (faim), mais aussi de pouvoir se nourrir avec une alimentation qui correspond aux besoins et envies (sécurité alimentaire).
  • La distribution d’invendus de supermarchés (ramasse) permet d’avoir des produits frais (viande, laitages, fruits, légumes, pain) et non uniquement des conserves, ce qui permet de distribuer une alimentation variée et équilibrée, allant à l’encontre de la « malbouffe » souvent critiquée.
  • L’aide alimentaire pose la question de la dignité, l’accès à l’alimentation ne doit pas être juste « un ventre à remplir ».
  • L’association AMD Yvelines lutte contre ce sentiment de honte en faisant des bénéficiaires des membres de l’association, leur permettant de venir en toute confidentialité sans contrôle du système social, et de participer aux activités (90% des activités sont faites par les bénéficiaires).

2. La Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA) : Une Réponse Systémique

Le projet de SSA est présenté comme une réponse structurelle et un changement institutionnel profond :

Constats Initiaux (Claude Kintzig): Le projet de SSA part des constats de la précarité alimentaire et de la précarité du monde agricole et s’appuie sur Trois Piliers:

  • Universalité: L’alimentation est un droit pour tous, riches ou pauvres, conformément à la charte de l’ONU, pour ne pas cibler les pauvres.
  • Conventionnement: Seuls les produits conventionnés, choisis par un processus démocratique (citoyens, consommateurs et producteurs), pourront être achetés, s’inscrivant dans la souveraineté alimentaire.
  • Financement par Cotisation: S’inspirant de la Sécurité Sociale de 1945, elle serait financée par une cotisation (sur les salaires ou la valeur ajoutée) pour socialiser une partie de la richesse et la sortir de l’économie de marché.

Financement et Universalité (Charles Fournier & Claude Kintzig):

  • Le montant de 150 euros par personne et par mois (moyenne pour manger correctement) représenterait 120 milliards d’euros par an, soit 4% du PIB de la France.
  • Ce montant (ou crédit) serait versé sur une « carte vitale alimentaire » et ne serait “dépensable” que pour des produits ou dans des lieux conventionnés.
  • Les 120 milliards ne sont pas à créer ex nihilo : l’aide aux entreprises (directe ou indirecte) est de 213 milliards d’euros par an. De plus, il y a des réorientations possibles de dépenses actuelles, comme les 19 milliards annuels dépensés pour corriger les problèmes d’alimentation, ou la réorientation d’une part des aides agricoles ou d’une taxe sur les boissons gazeuses.
  • La SSA ne vise pas à régler le problème des salaires, mais cherche à mettre en commun l’argent pour un intérêt collectif (santé publique, écologie), estimant que la liberté individuelle en matière alimentaire est une illusion face aux acteurs puissants de l’agro-industrie.

Expérimentation et Débats Locaux (Claude Kintzig):

  • Une quarantaine d’expérimentations SSA sont déjà identifiées en France (Montpellier, Tours, Drôme, Gironde, Saint-Étienne). Elles sont volontaires, non universelles, et nécessitent souvent une aide d’équilibre par subvention pour pallier le faible niveau de cotisation des participants précaires.
  • Le groupe local SQY en Transition est en phase de réflexion et de formation sur les notions complexes de la SSA, notamment sur les difficultés à définir démocratiquement les produits conventionnés.

3. Autres Solutions et Perspectives

  • Panier Solidaire (Anne Faure): Le Jardin de Cocagne (maraîchage bio et insertion) propose des « paniers solidaires » (le même panier bio que le panier classique) au tiers du prix habituel, grâce à des partenariats, pour les personnes qui ne sont pas en précarité alimentaire mais dont les revenus sont insuffisants. Les clients sont notamment les salariés en insertion de l’association. L’accès à ce type de produit est accompagné de cours de cuisine pour aider les familles à cuisiner des légumes moins familiers (blettes, brocolis).
  • Augmentation des Revenus (Jean-Yves Zammit): Augmenter les revenus n’est pas une réponse suffisante pour une meilleure alimentation ; il faut une éducation pour aller vers une meilleure alimentation.
  • Agriculture et Emploi (Anne Faure & Charles Fournier):
    • L’agriculture raisonnée/bio nécessite plus de main-d’œuvre et permet de trouver un équilibre économique en faisant d’énormes économies sur les intrants.
    • La Politique Agricole Commune (PAC) devrait être basée sur les emplois et non sur les hectares pour limiter les grandes exploitations et aider à l’emploi.
  • Autonomie et autres initiatives (Charles Fournier): L’autonomie alimentaire territoriale, à l’échelle locale, interroge le rapport entre production et consommation. Des initiatives comme les fermes municipales (servant les cantines scolaires) ou les vergers municipaux comestibles (où l’on cueille en échange d’un coup de main) peuvent aider.

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