Cyril Dion : Comment mobiliser pour sauver le climat ?

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Cyril Dion : Comment mobiliser pour sauver le climat ?

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Cyril Dion lors de sa prise de parole le 13/10/2018 - ® Photo Jade LangA l’occasion de la marche pour le climat du 13 octobre 2018, Cyril Dion a pris la parole sur le sujet : ” Comment être encore plus nombreux à nous mobiliser pour le climat ?

Son intervention était très attendue et d’autant plus légitime, qu’en tant que cofondateur du mouvement des Colibris et coréalisateur avec Mélanie Laurent du film Demain (1,2 million d’entrées en salle, César du meilleur documentaire), son action en terme de mobilisation autour des questions écologiques et de sensibilisation aux alternatives est exemplaire.

Dans son intervention [1], il a d’abord comparé le nombre de participants des marches pour le climat :

  • 100 000 personnes dans toute la France pour la marche du 13 octobre 2018
  • 700 000 personnes au total pour les 2300 marches organisées dans 170 pays au moment de la COP21 en 2015

avec la participation à d’autres manifestations :

  • 1 500 000 personnes uniquement sur les Champs Élysées pour célébrer l’équipe de France victorieuse de la coupe du monde de football en 1998 [2]
  • 4 000 000 de personnes dans les manifestations qui ont suivi les attentats à Paris en janvier 2015 [3]

Cyril Dion s’interroge ensuite :

Qu’est-ce que ces chiffres nous racontent ?
Son interprétation est que “pour mobiliser des millions de personnes, on a besoin d’une émotion, d’une émotion euphorique comme quand on gagne la coupe de monde ou d’une émotion tragique quand on est face à la barbarie et aux attentats.
Il constate donc que les mouvements écologiques n’ont “pas réussi à créer cette émotion avec le climat ou la biodiversité.” Pourtant l’enjeu est de taille : il s’agit de “la survie de l’humanité ” !

Comment faire grandir le mouvement ?

Il voit 2 possibilités :

1) soit les personnes se mobiliseront massivement face à l’émotion provoquée par des catastrophes climatiques et leurs conséquences. Mais il sera alors trop tard puisque les catastrophes seront déjà en cours avec un risque important d’emballement par les boucles de rétroaction des phénomènes du réchauffement climatique.

2) soit émergera un nouveau récit, une “histoire” qui sera capable de mobiliser des millions de gens : “Tous nos systèmes, que ce soit nos systèmes politiques, toutes nos idéologies, le communisme c’est une histoire, le libéralisme c’est une histoire, les religions ce sont des histoires, tout ça c’est fondé sur des mythes, des ententes, et plus le nombre de personnes est grand à adhérer à une histoire et plus cette histoire devient la norme, devient la structure de la société. Aujourd’hui, on voit que le libéralisme, le capitalisme, ont gagné la bataille du récit.

Quel pourrait être ce récit, pour qu’il soit plus fort que celui du capitalisme et du libéralisme ?
Cyril Dion ne propose pas une histoire avec un scénario bien précis. Pour lui, chaque alternative, chaque action en faveur du climat, chaque geste écologique raconte déjà une histoire qui peut être contagieuse. Il cite une phrase attribuée à Gandhi : “Montrer l’exemple, c’est pas la meilleure façon de convaincre, c’est la seule.

Le récit qu’il propose est ébauché vers la fin de son intervention : “On n’est pas sur cette planète pour être des producteurs-consommateurs, on est sur cette planète pour découvrir qui on est, pour être utile aux autres, pour exprimer nos talents, pour construire un monde qui correspond à la vision qu’on en a.

Enfin, il termine son intervention en insistant sur la nécessité d’avoir une stratégie et de s’organiser en créant une sorte de lobby citoyen pour contrer, de façon efficace, les lobbyistes climaticides et écocides qui, bien que peu nombreux, sont capables d’orienter un certain nombre de décisions dans le sens opposé à celui que souhaiteraient des millions de français.

L’écoute de Cyril Dion suscite plusieurs questions :

  • Toutes les personnes déjà mobilisées ont-elles eu une émotion semblable qui les ont conduites à agir et à militer ? Quelle a été notre propre émotion mobilisatrice ? Peut-on susciter cette émotion chez d’autres personnes pas encore sensibilisées à la question climatique ?
  • Chacun a probablement son propre récit sur la façon d’envisager le monde et sur la possibilité de changer le système. Il y a-t-il des points communs universels capables de mobiliser des millions de personnes ?

N’hésitez pas à répondre à ces questions ou à réagir à l’intervention de Cyril Dion en postant un commentaire ci-dessous.


Pour approfondir le sujet, lire le dernier livre de Cyril Dion :
Petit manuel de résistance contemporaine, Domaine du possible – Actes Sud, 160 pages – ISBN 978-2-330-10144-2


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