ALIMENTATION & RESTAURATION COLLECTIVE : Image Ă  la une
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ALIMENTATION & RESTAURATION COLLECTIVE

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Table ronde sur le thème de la restauration collective, lors du Forum de l’Alimentation citoyenne Ă  Versailles, le 27 septembre 2025. Les participant·es (de droite Ă  gauche sur la photo) Ă©taient : 

  • Amandine Robert, animatrice de la table ronde
  • Sandrine Grandgambe, Adjointe Ă  la mairie de Trappes
  • Isabelle Bretegnier, DiĂ©tĂ©ticienne nutritionniste et membre du Collectif « Les Pieds dans le Plat Â», PrĂ©sidente de la SCIC « Nourrir l’Avenir Â»
  • Arnaud Veyssière, Responsable du PĂ´le Alimentation au Groupement des Agriculteurs Biologiques (GAB) d’Île-de-France

L’engagement d’Isabelle Bretegnier est nĂ© d’une « très forte indignation Â» en tant que mère d’Ă©lève face Ă  l’offre alimentaire Ă  la cantine (aliments industriels, rĂ©chauffĂ©s dans du plastique ; prĂ©sence de perturbateurs endocriniens, d’additifs, de pesticides ; menus insuffisamment Ă©quilibrĂ©s ; manque d’Ă©ducation au goĂ»t). Cette indignation l’a menĂ©e Ă  cofonder le collectif citoyen « Pas d’usine en cuisine Â», qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une forte mĂ©diatisation. Elle a repris ses Ă©tudes pour devenir diĂ©tĂ©ticienne-nutritionniste, puis Ă  co-créé la SCIC « Nourrir l’avenir Â», dont elle est la PDG. Celle-ci vise le « 100% bio, 100% fait maison Â» en circuit court pour la restauration collective, y compris le mĂ©dico-social. Isabelle Bretegnier a prĂ©sentĂ© l’exemple de Romainville qui a rĂ©ussi Ă  mettre en place une cantine 100% bio, 100% fait maison, pour un coĂ»t d’un euro moins cher qu’auparavant, en misant sur la rĂ©duction du gaspillage (passĂ© de 120g Ă  35g par enfant) et la valorisation des restes (« comme dans votre propre cuisine chez vous Â»), ainsi que la diminution de la viande. Elle a soulignĂ© l’effet bĂ©nĂ©fique remarquĂ© par les enseignant·es sur la concentration des Ă©lèves en classe. « Nourrir l’avenir Â» accompagne les collectivitĂ©s au niveau national, en s’adaptant aux rĂ©alitĂ©s logistiques et humaines, pour remettre du « pouvoir cuisinant Â» dans chaque Ă©cole et faire se rencontrer le cuisinier et les commensaux.

Initialement formĂ© en droit puis cuisinier dans la restauration haut de gamme (notamment au restaurant du SĂ©nat), Arnaud Veyssière a rejoint le GAB d’ĂŽle-de-France pour dĂ©velopper le pĂ´le alimentation. Ce pĂ´le vise Ă  crĂ©er du lien entre les (seulement) 670 agriculteur·rices bio d’ĂŽle-de-France et l’Ă©norme bassin de mangeuses et mangeurs et de consommateur·rices. Le pĂ´le s’adresse non seulement Ă  la restauration collective, mais aussi Ă  l’ensemble de l’Ă©cosystème de l’alimentation (Ă©lu·es, grand public, personnes âgĂ©es, Ă©lèves, animateur·rices, cuisinier·ères…). Il forme les chef·fes et les agents.

Sandrine Grandgambe a quant Ă  elle soulignĂ© la volontĂ© de conserver la cuisine centrale de Trappes (« Les Marmitons Â») par l’équipe municipale actuelle, ville aux inĂ©galitĂ©s sociales marquĂ©es. Mais il fallait « une ambition pour cette cuisine centrale Â», la cantine Ă©tant le seul repas Ă©quilibrĂ© pour certains enfants tandis qu’un pourcentage relativement Ă©levĂ© d’enfants rentrait manger chez eux le midi. Elle a rappelĂ© que beaucoup de villes ont renoncĂ© aux cuisines centrales pour des raisons de coĂ»t. L’objectif est de maintenir ce service public avec l’ambition d’amĂ©liorer la qualitĂ© vers le local et le bio, en collaboration avec la ville voisine de Magny-les-Hameaux. Elle a insistĂ© sur l’importance de la restauration collective comme moment d’Ă©ducation au goĂ»t et d’Ă©changes culturels.

DifficultĂ©s et freins rencontrĂ©s :

  • Contexte politique et reprĂ©sentations nĂ©gatives de la bio : Isabelle Bretegnier a dĂ©plorĂ© un contexte national qui discrĂ©dite et dĂ©valorise la filière bio, forçant les acteurs de terrain Ă  lutter contre le prĂ©jugĂ© que le bio est un plus non nĂ©cessaire. L’Ă©ducation populaire est un moyen efficace de sensibilisation.
  • Problèmes de financement public et inĂ©galitĂ©s territoriales : Sandrine Grandgambe a mentionnĂ© l’effort financier de la commune de Trappes (200 000 euros supplĂ©mentaires par an pour atteindre 60% de bio et de local) dans un contexte budgĂ©taire tendu et malgrĂ© le manque d’incitations nationales. Elle a appelĂ© Ă  une politique nationale forte, dans laquelle l’Éducation Nationale gèrerait la restauration scolaire pour Ă©viter les « inĂ©galitĂ©s territoriales absolument honteuses Â».
  • RĂ©glementation des marchĂ©s publics : C’est une difficultĂ© majeure pour l’approvisionnement en produits locaux et bio. Le code des marchĂ©s publics, conçu pour la concurrence europĂ©enne, rend difficile l’achat direct ou la priorisation de petits producteurs locaux sur un territoire donnĂ©. Les collectivitĂ©s doivent rĂ©diger le cahier des charges de sorte de favoriser les producteurs locaux.
  • Logistique et production agricole : Le dĂ©fi de trouver suffisamment de producteurs locaux en mesure de fournir les volumes nĂ©cessaires (il faut par exemple 4 000 repas/jour Ă  Trappes & Magny-les-Hameaux) et de maintenir la continuitĂ© d’approvisionnement. Arnaud Veyssière a soulignĂ© la nĂ©cessitĂ© pour les agriculteurs de s’organiser en coopĂ©ratives et a notĂ© que l’habitude de consommation privilĂ©giĂ©e est le prix. Il a mentionnĂ© la forte attĂ©nuation du nombre de conversions Ă  la bio depuis le COVID.
  • Ressources humaines et conditions de travail : Isabelle Bretegnier a soulignĂ© le manque d’effectifs dans les cuisines (notamment au collège) et la faible valorisation des agents de restauration qui Ĺ“uvrent pourtant comme des « mĂ©decins du territoire Â» qui Ă©duquent et prennent soin de la santĂ© des jeunes.
  • PrĂ©jugĂ©s alimentaires et Ă©ducation : Sandrine Grandgambe a mis en avant la difficultĂ© de faire adhĂ©rer certaines familles aux repas vĂ©gĂ©tariens, qui persistent dans la croyance qu’il n’y a pas d’autre source de protĂ©ines que la viande. La ville tâche d’impliquer les familles et les fĂ©dĂ©rations de parents d’élèves, en leur faisant visiter la cuisine centrale ou en les conviant aux commissions d’élaboration des menus.

Perspectives et évolutions :

  • Poursuite des objectifs de qualitĂ© et de lutte contre le gaspillage : Trappes et Magny-les-Hameaux prĂ©voient d’augmenter la part de bio Ă  60% et d’investir pour passer aux contenants en inox. Cela impliquera une nouvelle logistique, qui devra, entre autres, prĂ©server le personnel de troubles musculo-squelettiques. La lutte contre le gaspillage, qui s’Ă©lève Ă  25% des pertes alimentaires dans la commune (40% au niveau national), reste un objectif majeur. 
  • DĂ©veloppement de modèles et d’outils : Ă  Romainville, la SCIC « Nourrir l’avenir Â» dĂ©veloppe le modèle d’une « petite cuisine centrale Â» en liaison chaude pour approvisionner plusieurs Ă©coles et travaille Ă  la gĂ©nĂ©ralisation du fait maison pour les crèches.
  • Initiatives en Dordogne : Isabelle Bretegnier a expliquĂ© que tous les collèges du dĂ©partement Ă©taient passĂ©s au 100 % bio ; inauguration le 18 octobre 2025 du premier EHPAD de France exclusivement bio ; crĂ©ation du premier « Centre d’Éducation Populaire Ă  l’Alimentation Â» dans l’abbaye de Cadouin, qui forme tous les acteur·rices de la restauration collective.
  • 3 mars 2026