Agriculture paysanne, bio et alimentation locale : Image à la une
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Agriculture paysanne, bio et alimentation locale

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Animée par Maïté Carrive-Bedouani, la table ronde a réuni les intervenants suivants (de gauche à droite sur la photo): 

  • Mathieu Decroix, Cogérant de La COOP Villaroise, magasin bio indépendant et coopératif à Guyancourt
  • Jean-Marc Frohard, Administrateur bénévole de Terre de Liens Île-de-France
  • Benoît Biteau, Agriculteur, député et défenseur d’une agriculture paysanne
  • Hy-Bien Nguyen, Boulanger et dirigeant du micro-fournil
  • Nils Gourlaouen, Agriculteur-paysan à la Ferme des Loges, membre de la Confédération Paysanne
  • Olivier Lucas, Adjoint à la mairie des Loges en Josas, Membre de la Commission Eau, Déchets et Enjeux environnementaux de Versailles Grand Parc
  • Bertrand Houillon, Maire de Magny les Hameaux et Vice président de l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines
  • Gersende Forestier, Paysanne indépendante à La fermette de l’Artoire, Les Essarts le Roi

1. Défis de l’accès aux produits locaux (ventes et logistique)

  • Difficulté d’accès pour les citoyens : La plupart des citoyens n’ont pas conscience de la présence d’agriculteurs locaux et trouvent l’accès aux produits locaux difficile.
  • Temps et circuits courts pour les producteurs : Le métier de maraîcher est très chronophage. Le temps de vente est limité, nécessitant l’aide de structures comme les AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) ou les équipes participatives pour libérer du temps aux agriculteurs. Les clients doivent s’adapter en venant à des horaires restreints et en commandant à l’avance.
  • Démarche coopérative et distribution : Le magasin La COOP Villaroise à Guyancourt a fait le choix de s’installer en centre-ville pour participer à la vie de quartier et créer du lien avec les producteurs locaux.
    • Le magasin travaille en direct avec les producteurs locaux (Yvelines, Essonne, Eure-et-Loir, Paris) dans un rayon majoritairement de 50 km.
    • Travailler en direct est chronophage pour le producteur et le magasin (multiplication des commandes, gestion des produits ultra frais).
    • L’alternative est de travailler avec des coopératives locales, qui font l’intermédiaire entre le magasin et les producteurs pour la logistique.
    • Une recommandation est de soutenir le développement de coopératives de producteurs pour faciliter l’approvisionnement local et maintenir un circuit court et frais.
  • Production locale pour la boulangerie : Hy-Bien Nguyen, boulanger du micro-fournil, s’approvisionne en farine localement (à 10 km de son producteur de céréales, qui moule sur place). Il livre sur commande pour éviter le gaspillage et maintient son activité à une échelle locale (10-15 km maximum en livraison).

2. Foncier Agricole, Installation et Diversification

Rôle des collectivités et gestion du foncier :

  • Les communes peuvent jouer un rôle en retrouvant la maîtrise du foncier (le « retour des communs ») pour le mettre à disposition via des baux ruraux environnementaux et favoriser la diversification agricole et l’alimentation locale.
  • La mairie des Loges-en-Josas a acheté une terre agricole, l’a reclassée de zone constructible à zone agricole, et y a construit une ferme maraîchère bio avec un bail rural environnemental, pour produire des produits sains pour la population locale.
  • La ville de Magny-les-Hameaux a diversifié son agriculture (auparavant céréalière) en pérennisant les activités existantes et en facilitant l’installation de nouveaux agriculteurs, passant de deux à six. Ils ont transformé des terres constructibles en zones agricoles et construit de nouvelles fermes.

Difficultés d’installation pour les agriculteurs : L’installation est difficile sans héritage ou patrimoine familial. Le parcours pour trouver du foncier, les procédures administratives et d’urbanisme sont longs et décourageants, notamment pour les petits projets (maraîchage sur petites surfaces).

Aide à l’installation (Terre de Liens) : 

  • En Île-de-France notamment, l’’acquisition de terres en est compliquée en raison de la concurrence et de l’agrandissement des exploitations.
  • Terre de Liens est un mouvement citoyen qui achète des terres agricoles pour y installer de jeunes agriculteurs qui produisent en agriculture biologique. Il a acquis 12 sites en Île-de-France et ne revend jamais les terres préservées. L’organisation aide aussi à l’acculturation des citoyens urbains à l’agriculture. 

Modèles agricoles alternatifs et collectif :

  • Agroforesterie et Sylvopastoralisme : Gersende Forestier (La Fermette de l’Artoire) est installée grâce à sa famille. Elle pratique l’agroforesterie et le sylvopastoralisme avec ses chèvres laitières sur 52 hectares (dont 50 de forêt), utilisant la forêt comme ressource alimentaire et évitant la destruction de la forêt. Ce modèle est économiquement intéressant (faible consommation de fourrage) et bénéfique pour la santé des chèvres.
  • Nils Gourlaouen (Ferme des Loges) souligne que le collectif et l’entraide sont la clé du succès pour les jeunes qui s’installent.
  • Benoît Biteau (député, agriculteur) a transformé sa structure familiale, initialement intensive, en un modèle d’agroécologie (agroforesterie, élevage de races locales) sur 260 hectares, permettant l’installation de sept autres personnes.

3. Enjeux Économiques et Rémunération

Rémunération juste et transparence :

  • La COOP Villaroise ne négocie jamais les prix des produits avec les producteurs, acceptant le prix fixé par l’agriculteur.
  • Grâce à son statut de magasin coopératif et indépendant, le magasin applique des marges basses et propose des produits (dont les fruits et légumes locaux) à des prix compétitifs, sans avoir d’actionnaire ou de centrale d’achat à rémunérer.
  • Le magasin propose 70 produits de base à prix coûtant, financés par une légère augmentation des prix des autres produits. Cette démarche est expliquée aux clients.
  • Le boulanger Hy-Bien Nguyen a décidé de ne pas négocier les prix de la farine et de fixer son prix de vente comme le prix juste nécessaire pour faire tourner son affaire, une approche saluée par ses distributeurs locaux.

Diversification et résilience économique : La diversification des cultures rend les petites fermes plus résilientes face aux chocs climatiques, car la perte d’une culture sur 50 n’est pas fatale, contrairement à la monoculture. La diversification de la clientèle (ventes directes, professionnels, stands) est aussi un facteur de réussite économique pour le boulanger.

4. Orientation des Politiques Publiques et Appel à l’Action

Critique des politiques agricoles actuelles :

  • Benoît Biteau critique la politique agricole commune (PAC) qui distribue les aides par unité de surface, favorisant les grandes structures (80% des aides captées par 20% des agriculteurs) et conduisant au « cannibalisme agricole » et à la perte d’agriculteurs.
  • Il dénonce la logique de spécialisation des zones de production mondiales (accords de Blair House) qui crée une vulnérabilité et une dépendance aux échanges planétaires, en contradiction avec la souveraineté alimentaire.
  • Il souligne que l’agriculture conventionnelle (monocultures) est dépendante des pesticides et engrais de synthèse, et que les politiques publiques continuent de soutenir ces modèles.
  • Il dénonce l’utilisation de l’argent public pour soutenir une agriculture qui engendre des coûts de santé (cancers pédiatriques) et de réparation environnementale (eau polluée) estimés à 70 milliards d’euros par an.

Propositions de réorientation :

  • Soutenir l’emploi et le revenu dans l’agriculture.
  • Distribuer les aides publiques par unité de main d’œuvre (ou travailleur) plutôt que par unité de surface, pour favoriser les petites structures comme le maraîchage, créer de l’emploi et permettre une meilleure rémunération.
  • Rémunérer les agriculteurs pour les services environnementaux qu’ils rendent (préservation de la biodiversité, du climat), pour sortir des logiques de marché.
  • Convoquer le principe de précaution et interdire l’usage des molécules de synthèse, en s’appuyant sur les solutions agronomiques existantes.

Appel au collectif et aux citoyens :

  • Les élus ont besoin du soutien des citoyens pour réclamer que l’on prenne soin de l’intérêt commun et de la santé (en référence à la  « Loi Duplomb »).
  • La coopération et le travail collectif sont essentiels à tous les niveaux (producteurs, distributeurs, élus, citoyens).

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