Une stratégie imposée par la force

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Une stratégie imposée par la force

Samedi 21 septembre, à Paris, la Marche pour le climat et la justice sociale a été perturbée par des affrontements violents, pour la première fois depuis le début de la dynamique des marches. Nous avons immédiatement dénoncé les violences complètement disproportionnées de la police à l’égard des manifestant-e-s. Mais ce jour-là, nous avons tou.te.s aussi subi les agissements d’une minorité qui a imposé son choix tactique à l’ensemble de la mobilisation.

Photo : Alternatiba Paris

Plus de 90 organisations diverses impliquées dans l’organisation et appelant à la marche ont fait le choix d’un consensus non-violent de mobilisation, qui a été publié sur les réseaux sociaux avant chaque marche. C’est par ce dispositif que des familles, des enfants, des personnes âgées, des personnes nouvellement engagées peuvent participer en toute confiance à ces événements. 

Mais ce 21 septembre à Paris, la marche pour le climat a été infiltrée par des centaines de Black blocs venus délibérément imposer par la force leur propre stratégie d’affrontements violents, de manière anti-démocratique, à des dizaines de milliers de personnes qui n’étaient pas consentantes. Ces Black blocs ont semble-t-il répondu à des appels explicites à déborder les manifestations que nous organisons (1).

Alternatiba et ANV-COP21 n’ont jamais cherché à empêcher d’autres mouvements de développer d’autres types de stratégies que la nôtre. Mais nous ne pourrons jamais accepter que d’autres mouvements nous imposent par la force leur propre stratégie.

Les affrontements violents qui ont perturbé cette marche pour le climat ont mis en danger de très nombreuses personnes dont la plupart n’étaient absolument pas préparées à ce type de situation.

Pris dans un mouvement de foule, confinées sur le boulevard Saint Michel, gazées, empêchées de se mettre à l’abri, familles, enfants, jeunes et personnes âgées ont été la cible des forces de l’ordre qui ont déclenché une répression disproportionnée et généralisée sur l’ensemble des participant-e-s en se saisissant du prétexte des incidents. Il sera difficile pour un certain temps de faire revenir ces personnes qui étaient venues en faisant confiance au cadre non-violent des marches.

Au delà de la tension et du traumatisme engendrés par la réaction policière, nombre de bénévoles et de participant.e.s ont aussi été prises à partie directement par des membres du Black bloc lui-même. Certain.e.s ont même subi de leur part des menaces de mort, et des jets de canettes pleines en plein visage. Quelles seront les prochaines étapes ? Faudra-t-il bientôt déplorer que des personnes militantes pour le climat soient physiquement agressées par des partisans de la violence ou de la complémentarité des tactiques pour la seule raison qu’elles ont choisi d’agir dans le cadre d’une stratégie non-violente ?

Nous dénonçons aujourd’hui la grave dérive que constituent ces pratiques visant à imposer des stratégies par la force et ces agressions violentes au sein même du mouvement d’opposition au système.

Cela ne nous fait pour autant pas perdre de vue notre cible : le système actuel qui aggrave le dérèglement climatique tout en générant des injustices sociales de plus en plus insupportables, et en ordonnant des répressions de plus en plus violentes.

Quels qu’aient été les incidents pris comme prétexte par les autorités, il est absolument scandaleux que les forces de l’ordre aient fait usage de la violence d’une manière à ce point disproportionnée, et mis en danger des personnes qui ne présentaient aucun trouble à l’ordre public. Même les personnes qui cherchaient à se mettre à l’abri ont été empêchées par les forces de l’ordre de quitter le cortège et ont subi la brutalité de la répression. Nous condamnons fermement l’attitude absolument irresponsable de la préfecture envers les participant-e-s à cette marche.

Cependant, cette stratégie de répression n’est malheureusement pas surprenante de la part d’un gouvernement qui cherche à briser les mouvements sociaux et à empêcher leur convergence, et qui prend le moindre incident de casse ou de début d’affrontement violent comme prétexte pour justifier une répression généralisée et de plus en plus violente, afin de décourager la présence d’un public large et populaire. 

Car ce n’est pas la première fois que les autorités cherchent à tuer les mouvements sociaux en employant la violence de cette façon. De manière inédite, l’ensemble des acteurs mobilisés étaient réunis ce samedi pour porter leur voix contre le système économique et politique faisant régner l’injustice sociale et menant la population vers le chaos climatique. Il y a donc un intérêt clair pour le gouvernement à fissurer cette convergence. C’est d’ailleurs ce que nous avons vu dès le matin lors du rassemblement voulu à Madeleine. La préfecture a cherché à diviser voir annihiler une mobilisation d’une diversité et d’une unité sans précédent, allant une fois de plus jusqu’à la mise en danger de l’intégrité des personnes. 

Ce samedi 21 septembre, à Paris, nous avons décidé de poursuivre la Marche. Par milliers, nous assumons également depuis des mois des actions de désobéissance civile à visage découvert. Il était hors de question de nous laisser intimider par ceux qui veulent nous imposer leur stratégie par la force, comme par cet usage brutal et violent de la force publique par les autorités. La reprise de cette marche a bien prouvé que des milliers de manifestant·es pour le climat regroupées ce jour-là n’avaient aucune envie de reculer.

Photo : Baptiste Soubra

Les mouvements pour la justice climatique et sociale ne cessent de prendre de l’ampleur La volonté d’agir et de s’exprimer augmente chaque jour, pour de plus en plus de personnes, qui cherchent à s’engager, y compris en descendant dans la rue pour porter leur inquiétude et leur espoir dans un cadre qui leur permette de le faire. Ces personnes doivent pouvoir trouver leur place dans le mouvement, sans se voir imposer une stratégie qu’elles n’ont pas choisies. Nous continuerons à mettre en œuvre de multiples mobilisations pour que les citoyen.ne.s, dans toute leur diversité, soient invités à participer à un grand mouvement commun pour la justice climatique et sociale.

Alternatiba Paris

(1) Par exemple dans ce passage du texte « Le pire contre-sommet de l’histoire », diffusé par le site internet Lundi Matin le 9 septembre 2019 : « Ce début d’automne va être marqué par le retour des luttes sociales et écologiques. Bon nombre d’actions sont d’ores et déjà prévues. Tâchons d’être à la hauteur de l’enjeu puisque ANV, Bizi, Attac, Alternatiba & leurs complices vont encore tenter de sévir, d’étouffer toute forme de lutte et de révolte un tant soit peu conséquente. Leurs actions continuent de se vouloir symboliques, c’est-à-dire insignifiantes, et c’est justement là qu’il faut les attaquer, les déborder. » ou encore dans “En finir avec l’écologie policée et policière : les dessous de la Marche pour le climat du 20 septembre”, diffusé par le site Acta le 19 septembre 2019 : “Les organisations écologistes trouveront dans la défaite de tout mouvement social un moyen de triompher et de gérer le désastre, main dans la main avec le pouvoir et triomphant sur les ruines de nos espoirs écologiques et sociaux.C’est pour cela que nous vous invitons à nous rejoindre pour déborder la manifestation de vendredi après-midi, et à venir avec nous samedi matin, à 9h sur la place de la Madeleine, pour converger en acte, contre ce monde et pour la naissance des nôtres”


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