COP21 : J-30 ! Il n’y aura pas d’accord salvateur, mais beaucoup de choses à gagner

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COP21 : J-30 ! Il n’y aura pas d’accord salvateur, mais beaucoup de choses à gagner

La bataille qui se joue aujourd’hui sur la question du climat est décisive pour les conditions de vie à venir. Elle n’est ni gagnée, ni perdue. Elle se joue en ce moment même.

Et quand Alternatiba dit “en ce moment même”, nous ne faisons pas référence à la tenue de la COP21 à Paris en décembre, mais à la période des quelques années que nous avons devant nous. La COP21, 21ème conférence organisée par l’ONU pour tenter de régler le problème du dérèglement climatique, était sensée accoucher d’un accord international permettant de stabiliser le climat. Elle a été décidée à Durban en 2011 pour pallier à l’échec du sommet de Copenhague, parce que les climatologues nous disent que nous rentrons dans la dernière fenêtre de tir pour éviter le pire, l’emballement climatique. Hélas, il ne faut pas croire que le problème est en train d’être réglé, ni que la COP21 sauvera le climat, ou plus justement dit résoudra la crise climatique. Et cela pour plusieurs raisons.

 

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Il n’y aura pas d’Accord salvateur à Paris

1) Parce que les engagements volontaires de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (INDC) mis sur la table par les Etats dans la perspective de la COP21 ne s’inscrivent pas du tout dans une trajectoire permettant de rester au dessous des 2°C dans les décennies à venir, et laissent pour l’instant plutôt présager une trajectoire dramatique supérieure à +3°C

2) Parce que l’Accord qui pourra sortir de la COP21 ne sera pas contraignant, donc les engagements pris par les Etats ne seront pas obligatoires et ne seront pas assortis d’un système de sanctions en cas de non-respect des engagements. Quand on voit que quasiment aucun Etat du monde n’a respecté ses engagements en matière d’aide au développement, il n’est bien évidemment pas possible de croire que les engagements sur le climat seront entièrement tenus. Donc des engagements volontaires ne permettant même pas s’ils étaient tenus de rester en dessous des seuils de dangerosité climatique ne seront en outre -dans l’état actuel des choses et du rapport de force- pas respectés. On comprend là que la COP21 ne sauvera hélas pas l’Humanité du chaos climatique. Au contraire, nous risquons bien de rentrer dans les pires scénarios, ceux qui nous dirigent vers un réchauffement de + 2°C entre 2035 et 2045, et + 5°C à l’horizon 2100 par rapport à 1880, soit un changement d’ère, dans un monde peuplé par 7 à 10 milliards d’être humains, à une vitesse tellement rapide qu’il sera impossible de s’adapter. Cette perspective n’est pas celle d’un climat où il fera “plus chaud” mais bien celle d’un monde radicalement différent et hostile aux conditions de vie civilisées.

 

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3) Parce que cet Accord ne s’appliquera qu’à partir de 2020. Le climatologue Jean Jouzel explique que si rien n’est fait avant 2020, nous irons vers des augmentations de + 3°C quoi qu’on fasse par la suite. Des mesures doivent être prises dés aujourd’hui, et entre 2015 et 2020 !

4) Parce qu’un certain nombre de questions centrales pour tout un chacun voulant s’attaquer sérieusement au dérèglement climatique ne sont pas abordées dans ce cadre de négociations. La première d’entre elles est celle de la poursuite de l’extraction massive des énergies fossiles. La COP21 parlera de ce qui sort des tuyaux -les gaz à effet de serre- sans parler de ce qui les y fait rentrer : l’extraction, la transformation et la combustion des énergies fossiles. Elles sont pourtant à l’origine de 80 % des émissions de CO2 mondiales ! Pour rester en dessous de 2°C de réchauffement par rapport à la période pré-industrielle, il faut selon l’Agence Internationale de l’Energie maintenir sans les exploiter 2/3 des réserves mondiales de combustibles fossiles sous le sol. Plus précisément il faut laisser sous le sol un tiers des réserves actuellement connues de pétrole, la moitié de celles de gaz et plus de 80 % de celles de charbon. Selon l’ancien chef économiste de la Maison Blanche Michael Greenstone, si nous exploitions toutes les réserves d’énergies fossiles actuellement connues avec les technologies actuellement maitrisées, nous causerions une augmentation de la température moyenne du globe terrestre de + 9°C ! Bref, l’humanité serait carbonisée.

 

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Et pourtant,  les pays du G20 accordent en moyenne 70 milliards d’euros par an (subventions versées à des entreprises d’Etat, aides publiques directes, exemptions fiscales et financements via des banques publiques et institutions internationales comme la Banque Mondiale) pour l’exploration des énergies fossiles. C’est à dire pour trouver de nouvelles réserves, qui viendraient se rajouter à celles aujourd’hui connues, alors même que si on brûle la totalité de celles là on est à + 9°C !

On voit là un fossé énorme entre les discours, les engagements symboliques (ne pas dépasser les + 2°C à l’horizon 2100) et les actes concrets, actuels des Etats qui siègeront à la COP21. Il est temps de ne plus se rassurer des grands discours mais de ne se fier qu’aux mesures concrètes qui sont mises en place. En son temps, Jacques Chirac a fait un magnifique discours où il disait en parlant du réchauffement climatique “Notre maison brûle et nous regardons ailleurs”. Mais depuis tout le monde a continué à regarder ailleurs, lui le premier.

D’autres thèmes capitaux ne sont pas abordés dans la COP21 alors même qu’ils ont un impact majeur sur le climat, comme par exemple les pactes transantlantiques (TAFTA, CETA…) en cours de négociation et qui apporteraient plus de dérégulation et de délocalisation de l’économie et du commerce.

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Mais beaucoup de choses à gagner

Alternatiba ne se fait donc pas d’illusion sur un Accord salvateur qui pourrait sortir du sommet de Paris. Pour autant, nous pensons que la bataille pour stabiliser le climat et pour la justice climatique a beaucoup à gagner de ce qui se passera à Paris et dans le monde pendant cette COP21.

Des batailles seront menées à l’intérieur et à l’extérieur de la COP21 pour exiger des financement nouveaux et massifs, ainsi que des transferts de technologie, pour aider les pays les plus pauvres au niveau de l’atténuation ET de l’adaptation au changement climatique. C’est un élément décisif si nous voulons freiner le changement climatique et si nous voulons construire un minimum de justice climatique. Ces pays sont en effet les moins responsables historiquement des émissions de gaz à effet de serre responsables de l’actuel dérèglement climatique, mais ils sont les premières victimes de ses conséquences. Il faut également gagner des batailles décisives pour arracher la révision de l’Accord de Paris, dans les plus brefs délais, avec un mécanisme contraignant obligeant à relever de manière régulière les objectifs et contenus de l’Accord, en fonction des observations, prévisions et préconisations des climatologues, de l’évolution des technologies (sobriété énergétique, renouvelables) et du rapport de force permis par des populations de plus en plus mobilisées. Et nous devons défendre le principe même de la poursuite de la négociation climat dans le cadre de l’ONU, permettant ainsi la participation de tous les pays, y compris les moins puissants et les plus pauvres. Si ce n’était pas l’ONU, ce serait le G20, le G8 ou quelques Etats et les multinationales qui gèreraient -pour le pire- la question du climat.

Mais l’enjeu de cette COP21 sera surtout de renforcer le rapport de forces du camp pour la justice climatique, afin que nous puissions peser beaucoup plus qu’aujourd’hui sur les Etats et les multinationales, et que nous puissions gagner un certain nombre de batailles décisives dans les quelques années à venir, telles que l’arrêt des subventions aux énergies fossiles, un désinvestissement de plus en plus massif des fonds publics et privés actuellement placés dans les entreprises climaticides, un soutien déterminé à l’agriculture paysanne, aux politiques de sobriété et aux énergies renouvelables, la mise en route à une échelle massive des alternatives concrètes au changement climatique, de la transition sociale et écologique etc.

 

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Ayons en tête que bien qu’on parle d’échec du Sommet de Copenhague, l’immense mobilisation qui a eu lieu en 2009 à cette occasion a pesé sur le cours de choses. La question du réchauffement climatique s’est largement socialisée au sein des populations alors que jusque là, elle était confinée dans les milieux scientifiques, les défenseurs de l’environnement et quelques cercles de décideurs politiques.  De nombreuses organisations sociales ont intégré le fait que c’était un problème qui les concernaient au premier plan, et le lien entre urgence climatique et justice sociale est devenu beaucoup plus évident. Et enfin, 5 ans après le sommet de Copenhague, on comptait à travers le monde 500 lois nationales ou régionales sur le climat contre 47 avant.

Aujourd’hui, nous devons nous appuyer sur le moment spécial que va créer cette COP exceptionnelle pour construire les bases d’un mouvement de masse, doté de stratégie gagnantes, et d’un rapport de forces démultiplié, pour peser sur les enjeux climatiques dès le 12 décembre. Rien ne finit avec la COP21, au contraire tout commence ! Nous devons avoir clair en tête que les quelques années à venir vont être décisives pour le sort de la bataille climatique.

La réussite des rendez-vous de mobilisation organisés pendant la COP21 sur Paris et à travers le monde ; la dimension massive, historique, et déterminée que nous réussirons ou non à leur conférer seront déterminantes pour insuffler assez de puissance, de crédibilité et de confiance collective à ce que nous voulons créer à partir de cette fin d’année 2015.  A savoir un mouvement durable et massif pour la justice climatique qui puisse peser sans interruption sur l’ensemble des enjeux climatiques dans les années à venir. A savoir une dynamique mondiale d’alternatives collectives et territoriales permettant de réduire significativement et immédiatement les émissions de gaz à effet de serre, tout en construisant une société plus humaine, plus équitable, plus soutenable.

 

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