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La finance, nos banques… c’est le climat ! Alors à Dax, nous aussi, on sera là !

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Le changement climatique est un si vaste sujet que l’on ne sait pas toujours par où commencer lorsque l’on veut s’engager pour en limiter les effets. Pourtant, en occident, nous disposons tous (ou presque…) d’un compte bancaire courant, voire d’épargne placée. Nous mettons de ce fait notre argent à disposition des banques, qui l’utilisent ensuite pour réaliser diverses opérations économiques alimentant ce que l’on appelle couramment… la finance. Or la finance représente un gigantesque sac de noeuds climaticides, et chacun.e d’entre nous, à travers la gestion de notre patrimoine, aussi modeste soit-il, peut participer à le démêler ! Alors, si l’on cessait, ensemble et maintenant, d’alimenter les réseaux bancaires mettant en péril la survie de notre espèce ? En voilà une intéressante résolution pour cette année 2017 qui commence… 

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Durant la période 2005 à 2013, 89 banques commerciales ont apporté 118 milliards d’euros à l’industrie du charbon dans le monde [1]. Aussi, 932 Gigawatt de production électrique à partir de charbon étaient encore en projet à travers le monde en juillet 2016 [2]. Or comme nous l’avons rappelé, aux côtés de plusieurs ONG, depuis l’adoption des accords de Paris, le respect d’un scénario limitant le réchauffement climatique à 1,5°C exige le gel de toute nouvelle infrastructure fossile et l’atteinte du pic des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 [3].

Le secteur financier étant fortement concentré, vingt banques et institutions financières internationales sont à l’origine de plus de 71% des financements du secteur, et 57% de ces derniers proviennent de trois pays : États-Unis, Royaume-Uni et Chine. Les banques françaises ne sont cependant pas en reste ! Entre 2005 et 2013, la France est ainsi le quatrième pays d’où proviennent ces financements des plus néfastes [4]. Par ailleurs, la BNP Paribas se classe au 4ème rang des banques finançant le plus le secteur du charbon au monde [5].

Selon le rapport des Amis de la Terre, Bank Track, Rainforest Action Network et Urgewald, The Coal Test : where bank stand on climate at COP 21, le financement direct de projets charbon de la BNP Paribas, du Crédit Agricole et de la Société générale, s’est élevé respectivement à 14,84; 9,84 et 8,54 milliards d’euros entre 2009 et 2014.

Dans le cadre de la COP 21, les grandes banques françaises ont certes pris des engagements de désinvestissement, entamant une politique de mise en cohérence avec un scénario de limitation du réchauffement entre 1,5°C et 2°C : arrêt du financement des projets d’extraction de charbon dans le monde, arrêt du financement de projets de centrales dans les pays à hauts revenus [6]. Dans le cadre du Climate Finance Day qui s’est tenu le 4 novembre 2016 à Casablanca, le Crédit Agricole et la Société Générale ont pour leur part annoncé la fin de leur financement à tout nouveau projet de centrales à charbon dans le monde [7].

Néanmoins ce n’est que la face émergée de l’iceberg. La plus importante contribution des banques à ce secteur repose sur le financement d’entreprises et non de projets ciblés : 32,87 milliards de dollars depuis 2009 ont été versés par les trois banques précitées [8]. Or, dans ce domaine les nouveaux engagements des banques sont aussi hétéroclites que difficiles à appliquer et à évaluer.

De plus, les banques et autres institutions financières comme les fonds de pension ou d’investissement, ont pour pratique commune de mitiger les risques pesant sur leurs activités en misant sur la diversification sectorielle. Elles financent donc à la fois les énergies renouvelables et la production d’énergie à partir d’hydrocarbures. Ainsi, bien que les investissements financiers dans le secteur des énergies renouvelables aient progressé ces dernières années [9], cela ne s’accompagne pas pour autant d’une réduction des investissements dans le secteur des énergies fossiles

Il est également important de rappeler que ces projets d’extraction et de centrale à charbon, en plus d’être climaticides, sont souvent à l’origine de pollutions qui nuisent aux populations locales tant d’un point de vue sanitaire qu’économique, et aux écosystèmes [10].

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Contrairement à ce qui est affirmé dans les enceintes internationales, la stratégie de diversification adoptée par le secteur financier ne met donc pas fin aux investissements dans les énergies fossiles, et les démarches entreprises ne sont pas à la hauteur de l’urgence climatique. Le rôle à jouer par les citoyen.e.s, nous, en est d’autant plus important : il tient à chacun de s’emparer de ces enjeux, en refusant l’état de fait et en poussant à un arrêt total des investissements fossiles, notamment en transférant notre argent vers des banques responsables.

Voici donc quelques éléments pour savoir qui – outre notre cochon-tirelire préféré – mérite de recevoir notre pécule. Alors que le Crédit mutuel, la Banque populaire et la Caisse d’épargne sont assez peu impliqués dans des projets climaticides, la Banque postale n’est pas directement impliquée car elle n’est pas une banque de financement et d’investissement – bien qu’elle ai une importante activité de gestion d’actifs.

Cependant, seuls le Crédit Coopératif et la Nef, eu égard à leur une activité de financement local, ne sont pas impliqués dans de tels projets. Il est à noter également que la Nef est l’unique banque nationale à être entièrement transparente sur ses activités puisqu’elle publie la liste intégrale des entreprises et projets qu’elle soutient. Par ailleurs, si vous disposez d’épargne, des organisations comme les Cigales, qui accompagne les projets d’entreprenariat solidaires, ou Terre de liens, qui appuie l’installation de maraîchers en agriculture biologique, pourront vous permettre de lui faire porter ses fruits, au sens propre !

Si ces informations vous donnent des envies, que le temps semble venu de passer à l’action, sachez qu’adresser à sa banque une lettre de clôture explicitant les raisons de son départ peut avoir un impact encore plus grand.

Et l’évasion fiscale dans tout ça, quel rôle joue-t-elle ?

Lorsque l’on tisse les liens entre finance internationale et changement climatique, cet autre enjeu apparaît absolument crucial. Rendue possible par la présence de l’ensemble des multinationales et des grandes institutions bancaires et financières dans les paradis fiscaux, elle est aussi due au fait que la moitié du commerce international a aujourd’hui lieu entre les filiales d’une même entreprise transnationale. A l’échelle mondiale, l’évasion fiscale représente plus de 20 000 milliards d’euros – 10 fois le PIB annuel de la France – soit environ 200 milliards de manque à gagner pour les États chaque année [11]. Ce montant défit l’imagination, d’autant plus qu’aujourd’hui, les chefs États évoquent le manque d’argent public comme une réalité intangible empêchant le financement d’une transition écologique ambitieuse et des droits sociaux des populations. Ce phénomène ne concerne d’ailleurs pas que les pays riches, la fuite de capitaux dans les pays en développement est aussi absolument massive [12].

Pour l’organisation Tax Justice Network, les deux plus grands paradis fiscaux sont la Suisse et le Luxembourg …les Etats-Unis se classant en 6 ème position [13] ! A l’échelle française, une Commission d’enquête du Sénat estime entre 30 et 60 milliards d’euros le coût annuel de l’évasion fiscale pour les finances publiques, tout en avouant qu’il s’agit d’une «fourchette basse» [14].

Or d’après les évaluations de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et des experts du débat national de la transition énergétique, il faudra mobiliser entre 10 et 30 milliards d’euros supplémentaires chaque année pour financer la transition énergétique : rénovation énergétique des bâtiments, développement des énergies renouvelables, nouvelles infrastructures de transports, etc. [15]. Seuls 3,5 milliards par an sur 10 ans seraient nécessaires pour convertir l’ensemble des exploitations agricoles en biologique, 5,65 milliards par an pour la rénovation des chemins de fer, 6,3 milliards pour construire 65 000 km de pistes cyclables…[16]. Et tous ces chantiers ont déjà pris du retard.

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Il est alors primordial que l’évasion fiscale cesse d’être perçue comme un mal abstrait et que les liens soient établis entre ce fléau et le financement des alternatives sociales et écologiques. C’est précisément le but de la campagne des Faucheurs de chaises, réunissant les Amis de la Terre, ATTAC, ANV COP 21 et Bizi ! et soutenue par de nombreuses personnalités publiques et mouvements comme Alternatiba. Après la réquisition citoyenne de 196 chaises dans des banques telles la BNB Paribas et HSBC pendant la COP 21, dénonçant leur rôle dans la disparition de l’argent nécessaire à la transition, la deuxième phase de cette mobilisation citoyenne s’articule désormais autour du procès du Faucheur de chaise Jon Palais, poursuivi suite à une plainte de la BNP Paribas. Le 9 janvier à Dax, nous serons présents en marge du procès pour apporter notre soutien à Jon et à tous les Faucheurs, résistants contre des pratiques dangereuses de ces institutions bancaires. Ce n’est pas les Faucheurs de chaises qu’il faut juger, mais l’évasion fiscale en bande organisée !

En matière de finance aussi, les alternatives existent, et n’attendent que nous pour se développer et faire système. En parallèle, aux côtés des Faucheurs de chaises notamment, participons à construire un mouvement de désobéissance civile non-violent s’opposant aux pratiques actuellement dominantes qui menacent les équilibres écologiques et sociaux.

Rendez-vous donc dans les institutions bancaires transparentes au plus vite… et à Dax, le 9 janvier prochain !

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Sources :

[1] Banktrack, Urgewald, CEE bankwatch network & Polska Zielona Siec, Banking on coal : undermining our climate, 15 novembre 2013

[2] Actu Environnement, Malgré l’abandon de certains projets, le charbon a encore de beaux jours devant lui, 20 septembre 2016

[3] Oil Change International, The Sky’s Limit, septembre 2016

[4] Banktrack, Urgewald, CEE bankwatch network & Polska Zielona Siec, Banking on coal : undermining our climate, 15 novembre 2013

[5] Les Amis de la Terre, Les 6 failles de la politique charbon de BNP Paribas, 2016

[6] Les Amis de la Terre, Charbon ; les plus et les moins des engagements 2015 des banques françaises, 2016

[7] Les Amis de la Terre, Crédit Agricole et Société Générale annoncent enfin l’arrêt de leurs financements de projets aux centrales à charbon, 27 octobre 2016

[8] Les Amis de la Terre, Charbon ; les plus et les moins des engagements 2015 des banques françaises, 2016

[9] Novethic, Energies renouvelables : une progression des investissements qui reste insuffisante pour atteindre les objectifs climatiques, 12 octobre 2015

[10] Les Amis de la Terre, Climat : Comment chosir ma banque?

[11] Le Figaro, Les chiffres affolants de l’évasion fiscale dans le monde, 6 avril 2016

[12] Selon Lucile Dufour du Réseau Action climat, les besoins en adaptation au changement climatique dans l’ensemble des pays en développement – nouvelles semences, digues, reforestation – pourraient atteindre les 140 à 300 milliards de dollars par an en 2030, voir 500 en 2050 14 . Or à l’heure les 100 milliards par an des pays développés pour le fond vert peinent encore à être réunis.

[13] Tax Justice Network, Financial Secrecy Index, 2013

[14] Le Figaro, Les chiffres affolants de l’évasion fiscale dans le monde, 6 avril 2016

[15] Le Monde, Quel financement de la transition énergétique, 18 juin 2014

[16] Les Amis de la Terre, Dossier de Presse : la société civile organise le procès de l’évasion fiscale, décembre 2016


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