Le sol, une ressource oubliée

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Le sol, une ressource oubliée

Au menu de cette veille de février : retour sur Notre-Dame-des-Landes, mobilisation contre le projet Avalonys, focus sur le sol : une ressource oubliée.

Retour sur Notre-Dame-des-Landes

Nous vous en parlions le mois dernier, la réponse est tombée : le gouvernement a annoncé le 17 janvier l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. C’est l’option du réaménagement de l’aéroport Nantes-Atlantique qui a été retenue. Se clôturent ainsi près de 50 ans de bataille politique et juridique. Si la nouvelle est réjouissante, la question du devenir de la ZAD, de ses habitants et de ses terres reste encore en suspens. Le gouvernement a demandé à ce que la ZAD soit vidée de ses occupants illégaux pour la fin du mois de mars. La “route des chicanes”, qui coupe la ZAD en deux, a été rouverte à la circulation, à la demande des autorités. Les terres appartiennent aujourd’hui à l’Etat, mais ne seront pas gardées par celui-ci. Elles seront rendues aux agriculteurs ou revendues pour des projets agricoles. L’une des pistes évoquées par les occupants de la ZAD, qui ont lancé de nombreuses activités agricoles, est que l’Etat conserve la propriété des terres et les loue au collectif de la ZAD, une idée inspirée de ce qui s’est créé dans le Larzac.

“Enracinons l’avenir !” Une journée de mobilisation festive est prévue le 10 février à Notre-Dame-des-Landes

Sources :

 

Projet Avalonys : mobilisation pour un autre avenir des terres agricoles

Plus près de chez nous, à Guipry-Messac en Ille-et-Vilaine, l’association La PUCE (l’association qui se Pique d’Urbanisme, de Culture et d’Environnement ) continue de susciter le débat autour du projet Avalonys dont nous vous parlions également le mois dernier. Pour rappel, l’association dénonce l’ampleur du projet qui aboutira à la bétonisation de 82 hectares de terres agricoles pour la construction d’un parc d’attraction. Plus récemment, celle-ci a dénoncé et mis en avant dans un communiqué de presse les contradictions sur le financement public et le manque de transparence sur la communication de Vallons de Haute Bretagne Communauté qui soutient le projet Avalonys. Afin de mobiliser les citoyens sur le sujet et sur la promotion d’une autre vision concernant l’avenir de ce territoire agricole, l’association invite toute personne intéressée à venir débattre lors du dernier café-débat, le jeudi 8 février à 10h00 au bar L’Omnibus à Messac. (https://lapucedecormere.wixsite.com/site )

 

Point technique : le sol

Nous vous parlions précédemment des différents projets immobiliers et commerciaux, qui engendrent une bétonisation des terres agricoles en Bretagne/Ille-et-Vilaine. Mais pourquoi donc sommes-nous tellement opposés à ces projets, si prometteurs en termes d’emplois selon leur promoteurs ? Et pourquoi l’agriculture intensive fait-elle également partie du problème ?

Dans le monde, seulement 22% des sols émergés seraient favorables à l’agriculture dont 60% au moins subissent une ou plusieurs formes de dégradation : érosion, baisse de matière organique, désertification, tassement, urbanisation (1ère problèmatique en France). En France, on estime la surface de terres agricoles qui disparaît suite à l’artificialisation du sol pour des lotissements, des voies ferrées, des zones industrielles ou commerciales, etc. à l’équivalent d’un département tous les 10 ans !

Revenons donc quelques milliers d’années en arrière : la France était recouverte à 90% de forêt. Et sous les arbres… le sol !

 

Qu’est-ce que le sol ?

C’est le résultat d’un long processus d’organisation de la terre. On estime qu’il faut environ 500 ans pour créer 5 centimètres de sol.

En hiver, les feuilles tombées des arbres s’entassent et se décomposent, sous l’action de la faune de surface et de champignons, pour former l’humus. Les bactéries minéralisent cet humus qui libère alors des phosphates, nitrates et autres minéraux. Ces éléments partent dans la terre, emmenés par les eaux de pluies, avant d’être captés par les racines de l’arbre pour former les prochaines générations de feuilles.

Loin en profondeur, près des nappes phréatiques, les racines de l’arbre sécrètent un composé acide qui érode la roche pour former de l’argile. Les racines servent également de passage à l’eau qui est filtrée et arrive “pure” dans les nappes phréatiques.

Entre ces deux strates vivent les lombrics, qui passent leur vie à faire des allers-retours entre la surface et la profondeur, mélangeant la terre en la mangeant, formant ainsi un complexe argilo-humique – la terre – et aérant les sols.

Sources : Claude Bourguignon, spécialiste en microbiologie des sols

 

Des sols en danger

De cette organisation dépend les différents rôles du sol:

  • Ressources : alimentation, bois, vêtements (coton, lin), médicaments issus d’organismes provenant du sol (70% des antibiotiques)
  • Filtration et réservoir d’eau
  • Réservoir de carbone (grâce à la photosynthèse)

Cette ressource indispensable qu’est le sol est menacée par les pratiques humaines. On peut compter deux principaux fléaux, en plus de l’utilisation de produits phytosanitaires : la bétonisation, évidemment (le sol disparaît, altérant d’un coup l’ensemble des fonctions citées précédemment) et l’agriculture intensive, notamment pour les raisons suivantes :

  • le labour enfouit les matières organiques sous la terre, empêchant leur dégradation en humus. La faune de surface et les lombric sont ainsi privés de leur nourriture et voient leurs populations diminuer (source : http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/lessentiel/ar/272/1122/biodiversite-sols.html)
  • les engrais chimiques, utilisés parce qu’ils favorisent la production de nitrates et phosphore. Utilisés en trop grande quantité, les racines ne parviennent pas à les capter. Entraînés par les eaux de pluie, ils s’enfouissent alors dans le sol et polluent les nappes phréatiques.

La réduction des faunes du sol entraîne une baisse de l’aération des sols. Ainsi, la capacité d’absorption de l’eau du sol diminue constamment, favorisant les inondations dès qu’il y a une hausse de la pluviométrie. Ce phénomène est aggravé par la pauvreté des arbres et haies des terrains cultivés et par le tassement de la terre par des engins agricoles de plus en plus lourds. (source : https://reporterre.net/L-ampleur-des-inondations-est-accentuee-par-les-mauvaises-pratiques-agricoles)

La question des sols reste souvent absente du débat politique sur l’agriculture.

À noter tout de même qu’en 2017, une loi a été adoptée afin d’éviter l’accaparement et la financiarisation des terres agricoles par des sociétés d’investissement. Elle donne pour cela plus de pouvoir aux SAFER (les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural), qui décident de l’attribution et du devenir des terres agricoles en cas de cession.

Sources :

 

Quelles solutions pour lutter contre ces phénomènes en tant que citoyens ?

1/ Changer progressivement quelques habitudes alimentaires : consommer de manière plus responsable avec des achats bio qui favorisent l’agriculture biologique, l’agroécologie ou la permaculture, toutes respectueuses du sol et de la biodiversité, et consommer local pour soutenir les agriculteurs qui cultivent et prennent soin des terres près de chez nous.

2/ Se rapprocher de l’association Terre de Liens, qui lutte contre l’artificialisation des terres. Pour cela, l’association rachète des terres et des fermes qui auront pour but d’être cultivées dans des conditions respectueuses du sol et de l’environnement et d’être protégées du marché spéculatif. Elle propose aux citoyens plusieurs possibilités pour participer à la préservation des terres agricoles :

3 / Soutenir et appuyer les demandes citoyennes ou associatifs via des pétitions :

4/ Enfin, n’oubliez pas qu’il existe une façon simple et rapide de contribuer à résoudre ces problématiques : informer et sensibiliser votre entourage aux enjeux du sol et de sa préservation. (https://www.fne.asso.fr/actualites/7-bonnes-raisons-de-prot%C3%A9ger-les-sols)


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