Retour sur le début de la concertation Via Silva (septembre et octobre 2021)

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Retour sur le début de la concertation Via Silva (septembre et octobre 2021)

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La nouvelle concertation publique autour du projet Via Silva a commencé. Au regard du bilan environnemental décevant sur les constructions déjà réalisées (voir notre article), Alternatiba a décidé de s’engager dans cette concertation afin d’être moteur d’une plus grande ambition écologique. Nous publierons régulièrement des retours sur la concertation afin de garder un suivi des propositions qui ressortiront des discutions avec les citoyens. Nous comparerons ensuite ces propositions avec les engagements que présenteront les élus à la suite de la concertation (l’avis n’étant que consultatif). Si les engagements des élus sont fidèles à l’avis de la concertation (et que celle-ci est organisée avec un réel débat) et à la hauteur des enjeux climatiques actuels, alors nous ne manquerons pas de le souligner. Toutefois si ces engagements se révèlent être décevants, Alternatiba, aux côtés d’autres associations locales comme 650ha, se mobilisera pour empêcher un nouveau projet écologiquement dépassé.

1. Deux réunions de présentation

La concertation a commencé début octobre et doit se poursuivre jusqu’à juin 2022. Les citoyens et associations sont répartis en trois groupes : le groupe ville nature pour réfléchir à un plan de gestion du parc Boudebois, le groupe ressource pour participer à l’élaboration de recommandations dans la constitution du cahier des charges d’un des prochains îlots (juste devant le métro, composé de 100 logements + des bureaux) et le groupe ville accueillante sur le vivre-ensemble dans les nouveaux quartiers construits. Nous avons décidé de nous engager dans les deux premiers groupes car leurs thématiques sont davantage liées à des enjeux écologiques.

La concertation s’est ouverte avec deux réunions le 22 septembre et le 2 octobre. Seules les associations étaient conviées à la première réunion afin de discuter avec elles de la méthode de concertation. La seconde réunion était ouverte à tous les inscrits et avait pour objectif de présenter la démarche de concertation prévue ainsi que l’avancement du projet Via Silva dans sa globalité.

À ces deux premières réunions étaient présents l’association 650ha, Alternatiba Rennes et l’association ANETH face à Soizic Nué, cheffe d’opération de la SPLA VS, Laurence Besserve, Présidente de Territoire (l’aménageur public de Rennes Métropole), maire de Betton et adjointe métropolitaine à l’urbanisme, Jean-Pierre Savignac, maire de Cesson-Sévigné, Denis Schneider, élu délégué à Via Silva, Jean Badaroux, directeur de la SPLA VS et une personne de la mairie de Cesson pour la prise de note de la réunion. À cela se sont ajoutés à peine 10 citoyens lors de la seconde réunion.

2. Nos demandes et réponses des élus et de la SPLA Via Silva

Nous a soulevé plusieurs questions lors de ces deux réunions :

En premier lieu, nous sommes conscient.te.s qu’une concertation n’est pas gage d’innovations écologiques si cette dernière n’est pas portée par les élus. Nous voudrions que les élus affichent leurs ambitions écologiques en montrant des exemples de projets réellement écologiques durant la concertation, afin d’alimenter ces dernières dans le bon sens (les éco-quartiers de La Chapelle-Thouarault, d’Hédé-Bazouges, de Plouaret, les bâtiments en terre de Silfiac, Mouais ou Muel…). Même si ces réalisations ne sont pas transposables à l’identique sur Via Silva, elles peuvent donner des pistes de discutions très intéressantes et pertinentes comme la gestion des eaux de pluie à la parcelle par exemple.

Et réciproquement, nous ne voulons pas que les élus/encadrant de la concertation imposent des idées telles que « on ne peut pas faire des bâtiments sociaux en éco-matériaux » (phrase prononcée lors de la première réunion par le maire de Cesson…). Ces affirmations données par des figurent d’autorités peuvent facilement être admises comme indiscutables par les citoyens participants, ce qui empêcherait net le débat (la question des bâtiments sociaux est certes compliquée, ce n’est pas pour cela qu’elle ne doit pas être débattue pour que des solutions, ou à minima des compromis, puissent être trouvées).

  • Les élus n’ont pas donné de garanties concrètes

Les organisateurs de la concertation semblent annoncer une ambition forte en termes de bas carbone pour l’îlot B10 (groupe ressource). Ce dernier étant juste devant le métro, et de taille réduite, nous craignons qu’il serve simplement de vitrine écologique pour tout le projet Via Silva. Les îlots déjà construits sont d’ailleurs tout sauf bas carbone. Si les ambitions fortes annoncées venaient à être concrétisées, nous voulons qu’elles soient reconduites sur toutes les prochaines constructions de Via Silva.

  • Les élus nous ont garanti que les ambitions écologiques qui ressortiront de la concertation et qui seront appliquées à l’ilot b10 devront être reconduites sur les prochains ilots.

La concertation a beau traiter de sujets très opérationnels, nous aurions aimé pouvoir aborder des sujets de fonds tel que l’ambition global du projet ViaSilva et la nécessité d’arrêter la concentration excessive de logements, services, et flux routiers sur Rennes pour aller vers un développement plus égalitaire du territoire.

  • Pour nos interlocuteurs, ce n’est pas le sujet de la concertation, cette dernière ne concerne pas l’ambition du projet global de Via silva, juste certains points de conceptions et opérationnels. Toutefois ils ont souligné leur volonté de faire des « stop » réguliers  « en phase avec l’avancement du projet » pour consulter la population et « s’améliorer au fur et à mesure ». Il et elles nous ont également certifiés que tout n’avait pas été décidé pour les terrains constructibles suivants (hormis pour 2 îlots où des choses ont été actées, seule une étude capacitaire a été faite). Ces garanties ne concernent toutefois pas les constructions à venir sur la Porte de Tizé, qui font partie de Thorigné-Fouillard et non de Cesson et ne rentrent donc pas dans ce processus de concertation.

3. Propositions de 650ha et ANETH :

Ci-dessous les remarques pertinentes des associations 650ha et ANETH et les réponses des élus (pas exhaustifs, pour voir les revendications complètes de 650ha, rendez-vous sur leur page facebook. Pour contacter ANETH leur site internet)

Que les discussions puissent aller dans le sens des éco matériaux pour tous les bâtiments, à partir de ressources locales, notamment la terre.

  • Nos interlocu.trices.teurs ont botté en touche sur cette question. Ils ont avancé pêle-mêle des arguments sur les difficultés d’approvisionnement du bois, des filières encore à construire, l’impossibilité de faire des bâtiments sociaux en éco matériaux car c’est forcément plus cher, la nécessité la métropole porte ce genre de projets… Ils ont mis en avant le projet « Via Terra », un bâtiment en terre qui doit se faire prêt du métro via un Appel à Projet de l’État etc… Les éco matériaux sont pourtant à l’ordre du jour de la  concertation, le premier rendez-vous du groupe ressource, que nous évoquerons après, permettait d’ailleurs de développer précisément ce sujet. La posture défensive des élu(e)s est donc inquiétante et nous fait craindre pour la suite.

650ha a relevé qu’il n’était plus pertinent de construire de nouveaux bureaux à l’heure du télétravail et de la périurbanisation des actifs.

  • Les élu(e) ont affirmé que le projet Via Sivla est un projet qui s’étale sur des temps très longs, hors le télétravail est assez récent. Il y a donc besoin de temps pour en prendre la mesure et le retranscrire dans les projets urbains (Cela témoigne d’une certaine rigidité des grands projets urbains, alors qu’aujourd’hui l’urgence climatique nous incite plutôt à nous adapter rapidement et efficacement…).

650ha a indiqué que, malgré leurs demandes, ils et elles n’avaient jamais reçu les compte rendu des échanges de la dernière concertation. Cela leur fait craindre que les retours puissent être manipulées et qu’il soit impossible pour les citoyens de justifier de ce qu’il s’est réellement dit pendant la concertation.

  • Les élus ont donné la garantie que nous pourront rajouter des éléments au compte rendu des échanges si nous le jugeons incomplet et que ce dernier nous sera envoyé avec les diaporamas après chaque rendez-vous.

650ha et ANETH se sont également inquiétés que le programme de la concertation semble déjà arrêté et qu’on ne le mette pas en place collectivement. Il y a également un risque qu’il soit biaisé car écrit par la SPLA elle-même.

  • Les élus ont donné la garantie que les citoyens peuvent envoyer en amont les points sur lesquels ils veulent discuter, et qui ne sont pas prévu au programme. De plus, une liberté d’auto-organisation au sein des sujets sera mise en place et le calendrier pourra bouger si certaines dates posent problème.

Que les avis issues de la concertation ne soient pas que consultatifs mais qu’ils soient un minimum contraignants pour les élus et la SPLA VIA SILVA.

  • Les élus ont refusés en affirmant que leur statut d’élus les rendait légitimes pour prendre la décision finale. De plus, donner des pouvoirs contraignants risqueraient selon eux de donner des coûts qui sortiraient du résonnable… Ils devront toutefois s’expliquer lors de la restitution prévue en juin 2022. Plusieurs associations comme Eau et Rivières de Bretagne ont par ailleurs travaillés dans le comité scientifique en charge de contrôler les mesures compensatoires du parc Boudebois. Leur avis pouvait y être contraignant.

4. Retour sur la première réunion de concertation du groupe Ressource du 20 octobre 2021

Les cabinets de conseils Auxilia et Alto Step ont été choisi pour animer ce groupe de concertation qui doit réfléchir à des recommandations pour la construction d’un nouvel ilot qui se trouvera devant le métro. Deux salariés de ces cabinets ont présenté une introduction des différents enjeux liés au bas carbone qui a été suivie par une présentation de Julie Poisson, chargée de mission à la FB²(Fédération Bretonne des Filières Biosourcées), sur les caractéristiques des matériaux biosourcés et de leur filière en Bretagne. Nous avons également appris que les élus encadrant la concertation Via Silva ont bénéficié de cette présentation quelques jours plus tôt.

Quelle n’a pas été notre surprise, après avoir fait face à deux reprises à des élus en apparence peu motivés par l’éco-construction, d’assister à une exposition qui aborde sans détour les enjeux incontournables autour du bas carbone et des éco-matériaux. Les intervenants ont montré le bilan catastrophique du béton sur les émissions de carbone, le problème des îlots de chaleur, l’intérêt significatif de recourir aux éco matériaux pour améliorer ce bilan, les engagements des collectivités sur les éco matériaux et l’isolation des bâtiments, l’arnaque du béton “bas carbone”, le panel impressionnant de matériaux biosourcés présent sur notre territoire, etc…

Ces présentations de qualités doivent servir de base aux discussions qui vont suivre. Elles soulignent l’intérêt de la construction en éco-matériaux, les élus ne peuvent qu’aller dans ce sens s’il veulent sortir un projet à la hauteur de des enjeux climatiques mais aussi de leurs propres engagements. 

Pour rappel, la métropole est signataire du​​​​​​​ Pacte pour la transition dont l’engagement n°13 est de contribuer à la fin des projets et infrastructures qui augmentent les émissions de gaz à effet de serre et font reculer la biodiversité. Le PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial) de Rennes Métropole met également en avant le besoin de réduire le coût énergétique des matériaux utilisés dans la construction et s’engage à construire 100% des logements des ZAC en passifs voir en énergie positive. Le PLUi de Rennes Métropoles incite à développer les éco-matériaux…

Nous craignons toutefois que ces engagements ne soient pas respectés, en effet de nombreux engagements ont également été pris par les collectivités pour réduire l’étalement urbain sur les terres agricoles et naturelles :

  • Pacte pour la transition signée par Rennes Métropoles : Engagement n°6 : Préserver et mobiliser le foncier agricole et accompagner l’installation de nouveaux agriculteurs et agricultrices dans une logique paysanne.
  • SRADDET (document sur objectifs régionaux) :
    • Objectif 31 : Mettre un terme à la consommation d’espaces agricoles et naturels.
    • Règle I-7 Protection des terres agricoles et secteurs prioritaires de remise en état agricole
    • Règle I-8 Réduction de la consommation foncière et et augmentation du renouvellement et de la densification urbaine
  • BreizhCop : engagements pour une Bretagne de la sobriété : “une Bretagne qui a résolument mis un terme à la dérive de la consommation de terres agricoles et naturelles.

Par ce projet de construction les élus vont déjà à contre-sens de ces engagements ! Nous serons donc intransigeant sur la nécessite d’une ambition extrêmement forte sur la qualité écologique des constructions et des aménagements futurs.