Nos orientations pour les années à venir : Image à la une
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Nos orientations pour les années à venir

Notre constat

Tout a commencé en 2015

Voilà sept ans qu’Alternatiba Strasbourg existe. Le groupe a été monté pour un village des alternatives, ces grands événements qui rassemblaient des acteur·ices de la transition pour les faire découvrir aux citoyen⋅nes. L’objectif alors était de diffuser au plus grand nombre toutes les initiatives qui contribuent à faire de notre futur un futur plus résilient, plus agréable. Un futur souhaitable, tout simplement.

Beaucoup de choses ont changé

Le groupe a évolué, les actions aussi, au gré des campagnes nationales et des propositions locales d’autres collectifs. Au gré aussi du mouvement climat français et mondial, et notamment de sa massification en 2018 au moment des marches climat. Le monde change très vite, y compris le monde militant, et nous sommes pris⋅es dans son inertie.

Un contexte difficile

Pendant la pandémie nous étions au ralenti sans possibilité de nous retrouver. Nous ne pouvions plus mobiliser ni vraiment créer de campagnes. Nous avons alors cherché notre raison d’être. Quelles campagnes mener ? Tant de domaines où l’alternative doit devenir la norme, tant de projets climaticides à combattre, tant de mal être social à conjurer, tant de symptômes du changement climatique partout, tout le temps, la crise sanitaire en premier lieu.
Avec le scrutin catastrophique des présidentielles 2022, la fenêtre pour un réchauffement limité à 1,5°C est en train de se refermer, sans parler de toutes les conséquences sociales d’une politique ultra-libérale. Ce constat augmente le sentiment de fatalité et de rage alors même qu’une partie importante de la population a voté pour une transition socialement juste.

Surtout : ne rien lâcher !

Devant tant de défis et si peu de leviers pour les relever, les militant⋅es doutent. Pourtant, nous avons encore beaucoup à proposer. Beaucoup de formats à imaginer, de mobilisations à mener. Beaucoup d’initiatives à présenter. Et nous nous devons de ne rien lâcher, même quand c’est dur, même quand le bénéfice est impalpable. Parce qu’on n’a pas le choix, si on veut garder l’espoir d’une vie décente dans quelques années. Plus encore, il y a tant à montrer dans les solutions qui nous permettraient de faire de notre société une société durable.

La clé : s’auto-organiser

Nous ne sommes pas des expert·es d’un secteur en particulier (transport, énergie, …). Nous sommes des expert·es de la mobilisation. Nous savons communiquer et diffuser des idées. Ça pourrait sonner péjoratif, nous trouvons ça primordial. Nous tenons une place que d’autres n’ont pas : vulgariser l’écologie, ses défis et ses solutions au plus grand nombre. Ces derniers temps, nous avons surtout lutté contre. Contre Amazon, contre Société Générale, contre Aéroport de Paris, contre le sabotage climatique de Macron. Les victoires ont été peu nombreuses, certaines bien réelles, mais insuffisantes. Nous sommes frustré⋅es de ne plus construire et de toujours se positionner contre. Pourtant, fort⋅es de notre réseau, de notre expérience, et de notre ancrage local, nous pouvons être une force de proposition et mener à bien nos propres projets.

Quelle perspectives ?

Nous sommes donc allé⋅es chercher une vision à plus long terme. Pour cela il a fallut s’éloigner des besoins immédiats et de nos luttes pendant quelques mois. De quoi doit être fait 2030 si l’on veut vivre décemment avec les nouvelles crises à venir ? Quand on se pose cette question, un résultat au moins fait l’unanimité : 2030 doit être une époque où les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont été drastiquement réduites. C’est ce dont tous les rapports scientifiques parlent, c’est l’objet des accords de Paris, c’est la pierre angulaire qui doit entraîner toutes les autres améliorations : résilience alimentaire, réduction de la pollution de l’air, de l’eau et des terres, amélioration de nos logements, adaptation de nos modes de consommation et de production, … Bref, un changement complet de notre mode vie.

Une responsabilité différenciée

Ce changement nous paraît inconcevable s’il ne porte pas le sceau de la justice sociale. Selon le GIEC, la moitié de la population mondiale est déjà touchée, plus ou moins sévèrement, par le dérèglement climatique, notamment dans les pays des Suds. Or, le changement climatique a été historiquement causé et continue à être largement porté par les gouvernements néolibéraux des pays de l’hémisphère Nord et par les multinationales capitalistes qui en sont issues. Les pays occidentaux se doivent donc d’être d’autant plus ambitieux dans leur réduction des émissions de gaz à effets de serre. Toujours selon le GIEC, il faut ainsi baisser de 65% les émissions de GES dans les pays du Nord d’ici 2030 sans compensation carbone si nous voulons que la vie quotidienne de l’ensemble de la population mondiale reste soutenable, soit une baisse de 7% chaque année. Un sacré défi quand on réalise qu’il s’agit de la réduction forcée induite par le premier confinement dû au COVID.

Cette baisse annuelle peut se révéler dramatique socialement et économiquement parlant si elle n’est pas accompagnée de mesures de justice sociale. En effet, tout comme la responsabilité historique n’est pas également partagée entre pays de l’hémisphère Nord et pays de l’hémisphère Sud, elle n’est par ailleurs pas équivalente selon la classe sociale de chaque citoyen·ne. Ce sont avant tout les plus riches et les personnes qui dirigent les grandes entreprises qui émettent le plus de GES, tandis que ce sont principalement les classes populaires qui pâtissent de ces choix de surconsommation et de surproduction.

Le monde d’après est déjà là !

Inutile d’attendre des innovations technologiques qui n’arriveront peut-être jamais. Les solutions existent déjà et sont déjà expérimentées par milliers dans tous les territoires et dans tous les domaines : agriculture et alimentation, énergie, transport, habitat, économie… Seulement, elles restent minoritaires, alternatives, circonscrites au milieu connaisseur quand elles devraient prendre le devant de la scène. C’est là qu’Alternatiba à un rôle à jouer en donnant à expérimenter – à vivre – ce monde qui est en train de naître.

Entraînons les citoyen⋅nes dans le monde tel qu’il pourrait être si nous mettions certaines mesures en place dès aujourd’hui ! Nous pouvons montrer que ce futur alternatif est bien plus désirable que celui que nous promettent les néo-libéraux au pouvoir. Si le défi est grand, il s’agit aussi d’une opportunité d’améliorer nos quotidiens, par le progrès social et la réduction des inégalités.

Aller vers une écologie populaire

Nous souhaitons dépasser nos cercles militants pour aller vers d’autres groupes sociaux, pour comprendre d’autres réalités et échanger nos points de vue sur l’époque que nous vivons. C’est par cette rencontre que l’on peut remettre en question les pratiques militantes existantes, que l’on peut faire en sorte que les ambitions écologiques ne se traduisent pas par une accentuation des inégalités sociales ou par l’augmentation de la précarité. Au lieu de simplement parler d’écologie, nous voulons œuvrer à la réalisation d’une écologie populaire ne laissant personne de côté, et ainsi opérer un changement systémique qui va bien au-delà de la protection de l’environnement et de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous désirons voir advenir une société désirable pour tous et toutes, et non pas pour une minorité.

Notre stratégie

Avant propos

Les quatre axes présentés ci-dessous répondent à une même envie : faire tourner le gouvernail. Construire des plans d’action pour nous redonner prise sur la crise climatique, en faisant de la transition une puissante aventure collective préfigurant un monde plus juste et humain. Proposer, aussi, une voie pour sortir de notre colère et, parfois, de notre résignation, sans renoncer ni compromettre notre idéal. Nos actions prennent place dans ces grands axes, pour faire en sorte que tous les domaines avancent de concert pour s’éloigner du bord du précipice où nous engagent les capitalistes : participer à coordonner les acteur·ices qui veulent voir les alternatives devenir la norme, agir au près des élu·es, lutter contre les projets climaticides et renforcer les liens entre les mouvements écologistes pour en faire la force immense dont nous avons besoin.

Promouvoir les initiatives en faveur de la transition

Nous pouvons trouver de nouvelles manières de faire découvrir ce pour quoi nous nous battons. Notre première tâche est de recommencer à diffuser les initiatives dont nous avons besoin pour construire une société soutenable et désirable. Nous voulons, autant que possible, toucher celles et ceux qui n’ont pas encore en tête les problèmes climatiques qui nous font face. Par la même occasion nous pouvons sortir tant de personnes de l’isolement dans lesquelles elles se trouvent. Et amener celles et ceux qui sont paralysé·es face aux défis futurs à se rendre compte que beaucoup d’actions sont possibles, au-delà des petits gestes du quotidien, et que non seulement elles sont positives pour l’écologie mais elles sont aussi positives pour notre vie personnelle.

Ces initiatives peuvent couvrir tous les domaines de notre vie de citoyen·ne, de consommateur·ice et, de producteur·ice de richesses. Elles concernent l’habitat, le transport, la vie collective et politique, l’alimentation, l’énergie, les échanges économiques, et toutes les activités qui accompagnent notre vie d’une manière générale. Soutenables et solidaires, accessibles à toutes et à tous, ces alternatives sont capables de faire système pour un changement radical de nos sociétés.

Résister

On ne peut pas simplement promouvoir les alternatives de notre territoire et prédire un futur positif, sans également désigner, critiquer et arrêter les projets qui vont à contre-sens de ce que nous visons. On ne veut pas mettre la responsabilité de la transition sur le dos des seul·es citoyen·nes si les structures économiques et politiques qui décident des grands projets d’aménagement du territoire ne suivent pas le mouvement. Certains projets d’artificialisation des terres, de construction écocidaire doivent être pointés du doigt et stoppés à tout prix pour préserver ce qui existe encore. Cette résistance, c’est également celle face à la vision comptable du vivant, qui voudrait qu’un arbre dans une forêt en vaille bien un autre dans une monoculture, et qui s’arroge nos biens communs.

Influencer la politique publique (locale)

Les citoyen·nes, en tant que travailleur·euses ou consommateur·ices, ne sont pas les premier·ères responsables de la crise actuelle et il n’est pas question de leur faire porter seul·es la charge de la transition. Nos élu·es ont en plus un pouvoir exceptionnel entre les mains, celui de légiférer à grande échelle. Même une commune ou un arrondissement peut contribuer à accélérer la transition dont nous avons besoin. En effet, c’est notamment à l’échelle locale qu’on peut autoriser ou non la plupart des projets qui artificialisent les sols, fragmentant toujours plus les habitats naturels. Le déséquilibre des écosystèmes et ses conséquences écologiques, sanitaires, agricoles et culturelles doivent être appréhendées pour éviter que les communautés humaines ne payent demain les conséquences de la bétonisation.

La position des élu·es est importante et nous devons les amener à relever l’ambition des décisions pour la défense du climat et de s’élever contre celles qui participent à sa destruction. Si nous voulons que 2030 soit soutenable, il faut que les élu⋅es fassent leur partie du travail. C’est d’autant plus vrai à Strasbourg, où les élu·es en place depuis 2020 sont sensibles à notre combat. Nous serons au rendez-vous pour leur rappeler leurs responsabilités face à l’importance des enjeux, et les pousser à mettre en œuvre tout ce qui sera en leur pouvoir pour enrayer la crise climatique.

S’allier

Il y a tant d’acteur·ices qui donnent du temps à la bifurcation sociale et climatique aujourd’hui. Nous avons un rôle d’harmonisation et d’outillage des collectifs et associations luttant déjà contre le changement climatique à Strasbourg et aux alentours. Nous sommes bien plus fort·es quand nous arrivons à faire front ensemble : nous sommes plus audibles, plus puissant·es et plus à même d’aller plus loin. L’inter-organisation n’est pas un exercice facile, et il est parfois dur d’être efficace. Les coalitions ne se décrètent pas, mais se construisent sur la base d’objectifs concrets.

Nous avons un positionnement généraliste et un fonctionnement efficace. Nous pouvons apporter ces outils à l’énergie collective, rompre l’isolement de certains groupes, améliorer la communication entres militant⋅es, nous former mutuellement, et devenir une force que les entreprises, citoyen⋅nes et élu⋅es ne pourront plus ignorer.

  • 20 avril 2022