Participer à une action de désobéissance civile à grande échelle : j’ai testé pour vous

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Participer à une action de désobéissance civile à grande échelle : j’ai testé pour vous

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  • Mercredi 17 avril 2019

Dans l’après-midi je reçois un sms : le suspense est enfin levé je sais où j’ai rendez-vous le lendemain pour mon briefing.

Quand je me suis inscrite à l’événement bloquons la « République des pollueurs »  ( https://ilestencoretemps.fr/republiquedespollueurs/ ) organisé par Greenpeace, ANV cop21 et les Amis de la terre, il y a quelques semaines, j’étais loin de penser que je m’embarquais dans une telle aventure.

Motivée par cette action qui me semble cibler les vrais responsables des problèmes écologiques en France et plutôt libre ces quelques jours, pourquoi hésiter ? Je m’inscris ! Un formulaire en ligne me demande mes compétences, mes disponibilités et mes limites physiques et juridique :

Suis-je prête à aller jusqu’au contrôle d’identité ? jusqu’à la garde à vue ? où jusqu’à l’infini et au-delà ? Courageuse mais pas téméraire ce sera jusqu’au contrôle d’identité ! Ensuite un mail m’a donc proposé d’être Mediactiviste. Mon travail sera de prendre des photos de l’action pour les envoyer à la BAC, la brigade arrière communication, qui les diffusera sur les réseaux sociaux. “

Comme la majorité des participants, je ne sais toujours pas où se passera ni en quoi consistera l’action, Demande express nous est faite de garder le plus grand secret sur ce que l’on va bientôt apprendre.

  • Jeudi 18 Avril

Me voilà donc dans le train pour aller à ce mystérieux rendez-vous briefing. Quelques heures plus tard, je suis arrivée et surprise, nous sommes très TRES nombreux. Quasi toutes les chaises de l’immense salle qui nous accueille sont occupées, sans compter les nombreuses personnes restées debout. Des journalistes sont présents avec grosses caméras et micro. Si nous sommes 412 activistes à ce rendez-vous, j’apprends ensuite que 5 autres briefing se tiennent ailleurs, en même temps que le mien !

Chacun reçoit un livret d’accueil qui nous indique le planning de notre journée, un petit rappel des revendications de cette action, les critères de non-violence et quelques conseils pour la journée de demain. Ca y est nous sommes officiellement activiste de l’action du 19 avril.

Beaucoup de mystères sur l’événement organisé demain subsistent à la fin du briefing mais nous sommes à peu près tous fixés sur nos rôles et tous formés à l’action non violente.

Répartis en groupes affinitaires et donc avec les mêmes limites physiques et juridiques, notre team leader nous donne un rendez-vous pour le lendemain. Coup de bol le rendez-vous est à deux arrêt de métro de mon lieu d’hébergement. Par contre, moins sympa, c’est à 6h45 du matin.

  • Vendredi 19 avril

Après une très courte nuit, nous voilà donc au rendez-vous et nous ne savons toujours pas où nous allons. Vous pouvez imaginer notre état d’excitation? Comme prévu, nous suivons notre team leader à travers Paris, seul ou à deux, en faisant mine de ne pas se connaître les uns les autres.

Le secret a été bien gardés puisque à notre arrivée à la Défense, seuls deux véhicules de police se trouvent devant le Ministère de la transition énergétique et solidaire. Très rapidement de nombreux groupes affluent de différents endroits de Paris et les bloqueurs se mettent en place, assis dans le hall du ministère ou devant les portes du bâtiment.

Les Peacekeeper enfilent un gilet jaune floqué ANV cop21 et commencent à expliquer ce qui se passe et nos revendications aux agents ministériels qui essaient d’entrer pour aller travailler.

La plupart semble plutôt amusés. Ils forment des petits groupes sur le parvis, essayant d’évaluer le degré de détermination des bloqueurs. Vers 10h, certains CRS essaient de faire bouger les bloqueurs mais comprennent vite que ces personnes très souriantes ne bougeront pas.

Comme nombre d’entre nous, je suis sollicitée par des employés de ce ministère qui essaient de comprendre pourquoi nous les empêchons d’accéder à leur bureau. Voici le dialogue que j’ai eu avec un monsieur d’une soixantaine d’année, faché de ne pouvoir acceder à son bureau :

– Pourquoi êtes-vous ici à la Défense et pas devant l’autre antenne du ministère située à Saint-Germain-des-Prés là où les décisions importantes se prennent ? C’est au ministre qu’il faut s’adresser. Ici nous ne sommes que des techniciens qui élaborent des études et des lois. Nous sommes de vrais écologistes, vous prêchez des convaincus en venant ici, nous travaillons au quotidien pour la défense de l’environnement.

Moi :- Vous pensez vraiment que vos études vont être utilisées à bon escient ? Nous citoyens, avons le sentiment que les problèmes écologiques sont bien trop peu pris en considération par le gouvernement, que l’urgence est telle que nos enfants sont peut-être en danger et que rien n’est fait pour les proteger.

L’agent ministeriel :- C’est probablement vrai mais le gouvernement a été démocratiquement élu et donc il faut accepter ses choix actuels.

Moi (un peu énervée) : – Comment faites-vous pour accepter de passer vos journées à rédiger des documents qui finiront à la poubelle ?

Lui (Peiné) : – vous avez peut-être raison… mais allez plutôt à Saint Germain (donc à la direction) et bloquez-la de façon durable ! et… (souriant) Bon courage à tous !

À 11h quasiment tous les employés sont rentrés chez eux après s’être assuré que leur DRH leur en avait donné la permission.

En début d’après-midi, nous apprenons que les blocages dans les tours total EDF et Société Générale sont en cours d’évacuation par les CRS. Pour nous au ministère c’est toujours bien calme. Plusieurs centaines de Bloqueurs sont toujours assis par terre ou allongés, Tout le monde chante et seuls 6 policiers se relaient à chaque entrée.

 

 

https://anv-cop21.org/blocage-massif-de-republique-pollueurs/

Dans l’après-midi, un autre agent ministériel ayant décidé de rester pour sonder nos intentions, entame une discussion avec moi.Passionné par son travail et convaincu d’œuvrer pour l’écologie il ne tarit pas d’explications sur son projet de loi sur les passes à poissons pour leur permettre de contourner les barrages et les écluses des canaux artificiels. Débat passionnant sur la nécessité, d’interrompre plutôt la pollution à sa source, il m’assure que le ministère a un véritable rôle positif dans ce domaine puisqu’il a entre autres interdit les phosphates dans les lessives. Il m’indique aussi que 44 % des eaux de rivière sont actuellement saines et que l’objectif de 100% exigé par l’Europe en 2027 est une erreur. Une démarche scientifiquement durable nécessiterait en effet plus de temps. L’occasion rêvée pour moi de lui expliquer pourquoi au contraire nous n’avons plus le temps mais aussi de parler de cet ami et employé de Véolia qui a assisté à des analyses d’eau frauduleuses par l’ajout de bidons eau minérale avant prélèvement. Je lui demande également s’il comprend pourquoi 80 % des Français sont pour l’interdiction du glyphosate et pourquoi Monsieur Macron repousse cette interdiction de 2 ans. C’est là qu’il m’avoue détester Macron, un sous-fifre des industriels. Macron n’est pas son patron mais bien le ministre, François de Rugy…OK ! admet-il finalement, mon ministre est peut-être, même surement, aux ordres de Macron.

 

Batterie de téléphone épuisée, je ne sers plus à rien comme médiactiviste. Je décide de partir alors que Kalune, le chanteur du climat , arrive et entonne deux ou trois de ses chansons sur le parvis du ministère.

 

 

 

 

 

Je quitte Paris, la tête pleine d’étoiles et re-boostée par tant de détermination… ravie d’avoir participé à cette action et motivée pour recommencer.

 

 


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