Bilan COP21 : Revue de presse

I. Le bilan des négociations

A – L’accord lui-même :

– Difficile de synthétiser un bilan de la Cop 21, mais la plupart des médias s’y sont essayé avec réussite comme ReporterreLe Monde ou Terra Eco : de l’objectif fixé de limiter le réchauffement à +1,5°C au mécanisme de révision des engagements en passant par les pertes et dommages, le montant du Fonds vert, …
→ La plupart des ONG ont rappelé à l’image du RAC ou de 350.org que l’accord ne donne que des objectifs et que la mobilisation et l’action pour les rendre effectifs (re)commencent maintenant.
→ Pour une analyse critique, d’autres ont préféré un débat contradictoire, ou interroger ceux qui dénoncent le verre à moitié vide et ceux qui saluent le verre à moitié plein.
→ Enfin, pour varier les formats, d’aucuns ont essayé de le résumer en une BD ou en 7 mn de vidéo.
Sur le cadre de la Cop 21, on peut rappeler le chiffre gigantesque des 27 000 visiteurs, ainsi que des images pour se faire une idée ; mais aussi que son organisation n’était pas vraiment exemplaire pour le climat.
→ Par ailleurs, nombreux sont ceux qui ont pendant la Cop rappelé le cadre et le fonctionnement des négociations, par exemple en patates ou en infographie.
→ La méthode et la diplomatie française ont en tout cas été unanimement saluées pendant cette période, à la fois pour son travail par le passé et au vu du consensus trouvé.
→ A noter le poids comme toujours prégnant des lobbies dans ces négociations… à tel point qu’une cartographie a été réalisée, révélant des exemples criants comme celui-ci sur l’huile de palme.

B – Les engagements volontaires des Etats… qui continuent de nous orienter vers les +3°C : 

Au début de la Cop, le point avait été fait et reste juste sur les engagements des États… rappelés à mi mots dans les grands discours d’ouverture des chefs d’État.

– La Cop a été l’occasion de distinguer les mauvais élèves, ce qu’on fait les Fossil of the day award, en remarquant certains cas particuliers : le blocage récurrent de l’Arabie Saoudite, les trucages de la Russie qui sera pourtant plus rapidement touchée par les effets du réchauffement, ou encore ces 12 pays qui n’ont pris aucun engagement sur le climat.
A l’inverse, certains bons élèves ont été remarqués… et ils viennent plutôt des pays du sud. 
Enfin, l’on peut aussi s’intéresser aux contradictions de certains Etats : de l’Europe qui s’imaginait motrice et se poser en exemple pour se révéler finalement très absente ; de la Belgique qui fonce droit vers le nucléaire ; de la Bolivie qui se veut pourfendeur du capitalisme responsable de la crise climatique tout en soutenant les énergies fossiles ; ou encore des Etats Unis dont le Congrès votait une annulation symbolique du plan de décarbonation, avancé en parallèle par le président Obama.

C – Le bilan des à côté de l’accord (résumé ici) :

La question énergétique, à peine abordée dans l’accord mais pourtant centrale, avec d’une part un désamour grandissant du charbon et des énergies fossiles, (à tel point que le lobby européen du charbon se plaint d’être stigmatisé), avec le mouvement de désinvestissement des fossiles qui atteint 3 400 milliards de dollars d’actifs, et qui progresse auprès des Etats ou des banques même si encore bien trop lentement. 
D’autre part, la Cop a servi de rampe de lancement pour un investissement grandissant et réel dans les énergies renouvelables, avec le début d’une alliance internationale pour le solaire notamment au sud, des investissements pour l’électrification en renouvelables de l’Afrique, ou encore la volonté d’investir dans la recherche et le développement de technologies dans les renouvelables.
– La Cop était aussi révélatrice du poids des lobbies économiques, de leur communication et de leur volonté de s’en tenir seulement à des solutions technologiques… dangereuses, comme celles de géo-ingénierie aux risques avérés.
Des “solutions” qui ont été vivement taxées de Greenwashing, au Grand palais par exemple, où lorsque EDF est épinglé par le Jury de déontologie publicitaire (JDP), lorsqu’on dénonce les dérives des centrales à biomasse géantes ou encore lorsqu’on révèle l‘inadéquation entre discours et actes, notamment avec la campagne des faucheurs de chaises contre l’évasion fiscale.
L’impact sur l’économie réelle, avec des études qui défendent et légitiment peu à peu l’économie circulaire au nom de la protection du climat, tandis que d’autres estiment que la Cop a mis en lumière une transition déja en cours vers une économie décarbonée
Un rendez vous manqué pour se servir du levier de la finance, alors que le projet de taxe sur les transactions financières a encore été reporté, que les mécanismes d’assurance climat restent flous, ou encore que la question du prix du carbone, déjà très controversée, est restée ignorée. Seul point positif, des effets qui se ressentent lentement sur les marchés de l’énergie avec “le charbon orienté à la baisse, les énergies renouvelables à la hausse”.
– La Cop a aussi été l’occasion de rappeler l’enjeu de justice sociale et climatique derrière les négociations, notamment en notant l’importance des inégalités dans les émissions de CO2 et face aux conséquences , et en rappelant qu’il ne faut pas dépolitiser le débat sur les les émissions de CO2 qui relève de choix politiques au moins autant qu’individuels.
Autre avancée en parallèle de l’accord, celle des collectivités territoriales, avec la rencontre de 1000 maires du monde à Paris qui ont pris plusieurs engagements qui “visent l’objectif du « tout énergie renouvelable » sur le territoire de leur ville d’ici à 2050″. Des engagements qui ont permis de mieux structurer le réseau des collectivités engagées pour le climat qui prévoit des suites… tandis que pour les régionales, le RAC et FNE ont plaidé pour l’intégration du climat dans les programmes, idées d’action pour les régions à l’appui.
Le levier du droit qui fait ses preuves et son chemin, avec de plus en plus d’Etats poursuivis pour crime de pollution ou atteinte au climat, comme récemment au Royaume Uni ou même en France. ou encore les propositions en France d’un club de juristes pour “contraindre les Etats à respecter leurs engagements en matière d’environnement”.
Les transports, grands oubliés de la Cop et pourtant largement responsables des émissions de GES : ainsi, la réduction du trafic automobile ou aérien n’étaient malheureusement pas à l’ordre du jour, pour des raisons variées. 
L’agriculture et la nature enfin, qui comme l’energie restent périphériques aux négociations pour “ne pas empiéter sur cette prérogative des Etats“… la question de la faim dans le monde n’ayant même pas été traitée et les alternatives proposées par Vandana Shiva par exemple ayant été éludées.
Il en va de même pour les océans, invités de dernière minute mais oubliés des négociations. 

II. Le bilan des mobilisations : 

A – Les temps forts de la mobilisation :

– Après des mois intenses de préparation et quelques jours avant les deux semaines de la COP21, retour en images et analyse détaillée du mouvement climatique, des années 70 jusqu’au 12 décembre, dernier jour des mobilisations citoyennes en marge de la Cop.

A la COY (Conférence of Youth), quelques jours avant l’ouverture de la COP21, des jeunes du monde entier se rassemblent à Paris, mettent en œuvre des dizaines d’initiatives d’influence et de sensibilisation, et cherchent ensemble les solutions à mettre en œuvre pour relever le défi de leur génération.

Les 28 et 29 novembre 2015, alors que Paris est paralysé par l’État d’urgence, la société civile trouve des moyens alternatifs de se mobiliser, avec notamment une chaine humaine qui réunit plus de 10 000 personnes … mais aussi des affrontements place de la République, avec 317 personnes qui ont été placées en garde à vue et des événements sur lesquels la lumière a été faite après coup, via différents témoignages.
Ailleurs, plus de 780 000 personnes participaient aux 2 300 marches pour le climat dans le monde entier.

Les 5 et 6 décembre, le Sommet citoyen pour le climat, seule mobilisation autorisée malgré l’État d’urgence à ce stade, attire des citoyens du monde entier à Montreuil pour échanger et découvrir des alternatives citoyennes existantes à travers la planète.
La COP21, c’était aussi composer avec l’État d’urgence, avec des militants climatiques perquisitionnés, assignés à résidence et parfois intimidés mais soutenus par des syndicats, quelques parlementaires qui demandent des explications, ou des personnalités comme Naomi Klein.
Le dernier jour, le 12 décembre, c’est toute une journée de mobilisation qui avait été planifiée, et dans le détail trois actions de masse avec une action géolocalisée géante pour la justice climatique et la paix, les Redlines qui s’emparent de l’avenue au pied de l’Arc de Triomphe et marquent les lignes rouges que les Etats ont dépassé en ne signant pas l’accord ambitieux attendu, et un rassemblement sur le champ de mars pour clore la journée et décréter l’état d’urgence climatique. 
B – Et tout au long de la COP21, l’on a vu :

– L’art-activisme s’emparer de la capitale française avec les panneaux publicitaires détournés via de fausses affiches publicitaires plus originales les unes que les autres dénonçant le greenwashing de plusieurs multinationales.
– 120 équipes jouer aux Climate Games dans tout Paris.
– Les zadistes de Notre Dame des Landes improviser un banquet au pied du Château de Versailles.
– Les peuples autochtones danser pour le climat.
– Les 7 plus grands criminels du climat recherchés à la mode Western dans tout Paris.
10 activistes arrêtés au Louvre alors qu’ils protestaient contre l’investissement indirect des fonds du musée dans des énergies fossiles.
– Des artistes mettre leur talent au profit de la sensibilisation, comme le photographe Erik Johansson, JR ou Yan Toma. D’autres qui exposent à la Gaïeté Lyrique, au Palais de Tokyo ou encore font fondre des iceberg devant le Panthéon.
– Les procès parodiques à répétition des criminels du climat, pour les droits de la nature et accusant Monsanto ou Exxonmobil.
Sans oublier des mobilisations via des outils numériques qui ont également trouvé leur place et une utilité grandissante.
Le off de la COP21, c’était aussi des lieux : la Zone d’Action pour le Climat où se sont rassemblés du 7 au 11 décembre des citoyens engagés dans le monde entier. Place to B où du 28 novembre au 12 décembre, près de 2000 personnes se sont rencontrées pour repenser la communication sur les enjeux climatiques, ou encore le Jardin d’Alice qui a vu passer des centaines de militants et d’idées de mobilisation.

III. Et maintenant ?

– Pour la diplomatie française, toujours présidente de la Cop, le travail reprend avec les prochaines étapes annoncées par Laurent Fabius, de signature officielle de l’accord puis du processus de mise en œuvre… tandis que Nicolas Hulot met fin à sa mission de conseiller spécial auprès de l’Élysée. 
La mobilisation citoyenne, après un léger repos, s’apprête à rebondir pour mettre les États devant leurs responsabilités avec l’accord signé à Paris en main … d’autant que la Cop a donné l’envie à beaucoup de s’engager davantage.
Prochaine date, une semaine mondiale de mobilisation contre les énergies fossiles s’organise déjà début mai. 
Trois batailles climatiques en cours que le mois de janvier a vu se rouvrir : la première autour du gaz de schiste, avec des scandales aux États-Unis sur les effets de son exploitation qui provoquent des séismes à répétition entre autres problèmes graves pour les habitants. L’Europe se met pourtant à en importer… et la France, même, a finalement autorisé à Total un permis d’exploration
La deuxième contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, qui reprend avec des procédures d’expulsion en cours contre des paysans qui résistent : une volonté de reprendre les travaux qui se heurte à une mobilisation générale à travers la France.
La troisième contre les traités de libre échange, dont l’attaque de Transcanada contre les États-Unis pour avoir annulé le projet d’oléoduc Keystone est un triste exemple de leurs impacts sur le climat.
Le constat sur le dérèglement climatique et la science qui continuent d’interpeller, avec la confirmation que 2015 est l’année du nouveau record de chaleur planétaire, et des impacts qui se font sentir en France comme au pôle Nord, sur la faune ou encore via l’assèchement de lacs. Le phénomène El Nino n’y est pas étranger, … même si malgré tous ces constats, la science climatique n’est pas épargnée par la controverse.
A Davos, Le Forum économique mondial ne traite qu’à la marge de la question du climat, qui redevient un sujet mineur en ce moment… malgré les alertes des experts qui y voient la menace la plus lourde pour l’économie mondiale en 2016.

Et en bonus :

– L’après Cop continue d’autant plus à poser la question : comment parler du dérèglement climatique clairement et de façon ludique ? Une série cherche et trouve peut être la réponse, tandis que Reporterre provoque gentiment en faisant interroger une experte sur le climat par “des gens normaux“, et que le Monde pose la question franchement, Réchauffement climatique : pourquoi cela n’intéresse pas ?
Les climato-sceptiques étaient de sortie pendant cette période de Cop, que ce soit à l’Académie des sciences ou plus largement… jusqu’à estimer que tous ceux qui refusent d’agir le soient ? Et que dire alors de ceux qui “s’en foutent” ?
Le rire, bonne thérapie pour les déçus de la Cop… avec un tumblr qui nous fait revivre les émotions de la Cop, le best off des tweets cassants de la Cop, ou le soulagement de savoir qu’un accord a été trouvé sur une baisse de 2 degrés de la clim‘ de la salle.

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