Déc 08

LES MINISTRES DOIVENT TRANCHER ENTRE DEUX VISIONS DU MONDE

J+7 Retour sur la journée de Lundi 7 décembre

Lien vers RAC MaCOP21

Un nouveau brouillon d’accord a été adopté samedi par les 195 pays membres de la Convention de l’ONU sur le climat. Il a été transmis dimanche aux ministres, qui arrivaient à Paris pour la phase politique des négociations internationales. Si ce nouveau texte facilite les choix que devront faire les ministres, ces avancées sur la forme n’ont pas résolu les questions politiques.

DANS CE TEXTE, ON TROUVE DEUX VISIONS DU MONDE QUI S’OPPOSENT :

La première est celle d’un monde accentuant les injustices, réchauffant le climat de 3°C ou plus. Derrière cette vision se trouve un groupe de pays qui entendent ralentir (ou ne pas accélérer) la transition énergétique mondiale vers les énergies renouvelables : les pays pétroliers dont l’Arabie Saoudite en tête, et juste derrière, l’Australie, la Russie et le Japon.

On peut ajouter à cette liste tous les pays qui ne se donnent pas les moyens de construire un accord qui protège les plus vulnérables d’un réchauffement trop élevé. Notamment, les États-Unis et l’Union européenne, qui n’utilisent pas leur capital politique pour s’assurer que tous les pays bailleurs prennent leurs responsabilités financières et ne se battent pas pour un accord plus ambitieux, de peur de contredire leurs intérêts nationaux.

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Arbre de la transition – Village Mondial des Alternatives

L’autre vision est celle d’un monde plus solidaire, où le réchauffement planétaire pourra être limité à moins de 1,5 ou 2°C et évitera aux populations les plus fragiles d’être injustement frappées. Les forces qui soutiennent cette vision figurent parmi les pays les plus vulnérables et les pays en développement (pays insulaires en développement, pays moins avancés et certains pays latino-américains).

La tâche qui incombe aux ministres d’ici la fin de la COP21 est lourde : sauver l’accord climatique à  « 1,5 ou 2 degrés ».

 

FIXER LA DATE DE 2018 POUR ANNONCER DES ENGAGEMENTS REVUS A LA HAUSSE :

Les engagements actuels des États sur la réduction des émissions gaz à effet de serre nous placent sur une trajectoire de réchauffement de 3°C ou plus, soit bien au-delà de la limite de 1,5 ou 2°C d’élévation de la température décidée par la communauté internationale en 2011.

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               Archipel des Tuamotu

Au-delà de cette limite, c’est la survie de millions de personnes qui est en jeu. Renoncer à cet objectif reviendrait à prendre le risque d’impacts irréversibles et imprévisibles.

C’est pourquoi la COP21 sera un échec retentissant si son résultat ne laisse aucune chance à l’amélioration des engagements actuels avant 2020. En effet, ce qui sera acté la COP21 (notamment ces engagements) ne s’appliquera pas avant 2020.

Les ministres doivent donc fixer une date de rendez-vous en 2018, où tous les États se retrouveront pour faire des annonces plus ambitieuses. 2018 doit aussi être le moment où les pays en développement pourront obtenir une réponse sur le financement des actions supplémentaires qu’ils ont proposées pour l’après 2020.

En effet, les pays en développement sont prêts à aller plus loin s’ils reçoivent un soutien international. Au début de la 2e semaine de négociations, l’idée d’un nouveau rendez-vous politique en 2018 est toujours rejetée par la plupart des États (ou abandonnée). Trop de pays refusent d’avoir cette discussion :

  • soit parce qu’ils savent qu’ils devraient faire plus d’efforts (États-Unis, Europe, Russie, Japon, Australie, Japon, etc.),
  • soit parce qu’ils craignent de ne pas être en mesure d’annoncer un engagement plus ambitieux en 2018 (pays émergents et en développement).

Dans les quelques jours qu’il leur reste, les ministres des pays les plus vulnérables devront s’emparer politiquement de cette question et en faire une priorité. Sinon, cet indispensable rendez-vous disparaîtra à jamais du texte de l’accord mondial.

POUR REVENIR SUR LE BON CHEMIN, UN MÉCANISME DE RÉVISION DANS L’ACCORD :

Pour contenir le réchauffement en-deçà de 1,5 ou 2°C et enterrer les énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) à l’horizon 2030, on sait déjà qu’il sera impératif de revoir sans cesse à la hausse l’action des Etats au fil des ans et des décennies pour mieux l’accélérer.

Rappelons que l’accord de Paris sur le climat aura des conséquences durables. C’est pourquoi il doit créer un cadre qui oblige les pays à annoncer de nouveaux engagements toujours plus ambitieux.

Désormais, le principe d’une “clause de revoyure” est accepté par la plupart des pays. Mais cela ne suffit pas pour constituer un véritable “mécanisme de l’ambition”, qui permettrait de rectifier le tir au fil du temps.

Les 195 États membres de la Convention Climat sont encore loin d’être d’accord sur un tel mécanisme. Pour avancer, il faut que ces pays s’accordent sur ce principe de progression et donnent des garanties sur le fait que les contributions des pays en développement seront financées.

De même, le principe d’une durée des engagements de cinq ans et qui serait harmonisé entre tous les États (2025-2030, 2030-2035), ne fait pas encore consensus.

Enfin, les ministres vont devoir décider de la date de dépôt des prochains engagements (2025-2030). Cette date doit être fixée immédiatement après 2020 (2020 ou 2021) afin d’avoir le temps d’examiner ce que chaque pays propose avant le début de la mise en œuvre des engagements. Or pour l’instant, le projet d’accord ne prévoit aucune nouvelle annonce avant 2024 !

LES FINANCEMENTS RESTENT “LE NERF DE LA GUERRE”

Depuis toujours, la question financière est le parent pauvre de ces négociations. Pourtant, l’enjeu est majeur : les “financements climat” sont nécessaires pour endiguer les impacts des changements climatiques et financer la transition énergétique sobre en gaz à effet de serre des pays en développement.

L’arrivée des chefs d’États lundi 30 novembre a permis d’engranger de nouvelles contributions financières : la Norvège et la Suède se sont engagées à doubler leurs financements climat d’ici à 2020, la France a annoncé qu’elle investirait 2 milliards d’euros dans le développement des énergies renouvelables en Afrique et une coalition de pays a annoncé 450 millions de dollars pour le Fonds climat des pays les plus pauvres.

Mais ces signaux politiques n’ont pas été retranscrits dans les textes de négociation :

  • L’objectif chiffré permettant de combler le manque d’argent pour l’adaptation d’ici à 2020 reste “entre crochets” dans le texte. C’est à dire que cette option n’est pas tranchée.
  • Et les négociations sur le mécanisme financier à mettre en place après 2020 sont au point mort. En effet, les pays développés exigent que les pays en développement les plus riches contribuent eux aussi à l’effort financier.

Dans ces négociations, la finance climat est toujours prise en otage jusqu’à la fin – au détriment des besoins des populations les plus pauvres et vulnérables face à la crise climatique. Il faut impérativement que les ministres s’emparent du sujet sans attendre la dernière minute : sans prévisibilité financière, c’est l’accord dans son ensemble qui en pâtira.

Les ministres doivent se fixer pour objectif de quadrupler les financements pour l’adaptation et décider à la fois qu’ils s’engageront régulièrement, tous les 5 ans par exemple, à accroître le soutien aux pays en développement. Il faudra différencier ces soutiens en fonction des besoins de pays en développement et de leurs priorités. Cet objectif garantira un soutien financier prévisible chaque année, nécessaire pour planifier les programmes et investissements.

Dans les « ECO » du RAC aujourd’hui :
  • Soigner le texte sur l’adaptation : ECO est impressionné que de nombreux pays aient inclus une composante sur l’adaptation dans leurs contributions nationales (INDC). Sur cette base, les parties devraient convenir du besoin de chaque pays d’envoyer un message sur l’adaptation, avec une flexibilité sur «comment» ils souhaitent le mettre en œuvre…
  • Les Etats Unis et ses alliés discrets et la compensation fantôme : Le message d’ECO à ces pays est clair. Si vous voulez échapper à la notion de responsabilité pour les pertes et les dommages, acceptez des objectifs ambitieux de réductions d’émissions de GES, de transferts financiers et technologiques, pour que votre impact sur le reste du monde soit réduit.…
  • Le Ministre du Pétrole remporte le fossile du jour pour l’Arabie Saoudite : Dans le cadre des discussions ministérielles de haut-rang, Ali al-Naimi, le Ministre du Pétrole saoudien (Pardon !?) a déclaré que l’on ne pouvait pas faire la différence entre les combustibles polluants et non-polluants…
  • et un rayon du jour aux Philippines …soleil
ECO a des idées pour le financement des pertes et dommages :

Les combustibles fossiles sont responsables d’environ 70% des émissions. Les 2 plus grandes entreprises pétrolières du monde (Chevron et Exxon Mobil) font 50Md$ de bénéfice. Coïncidence : c’est ce que devrait coûter pertes et dommages aux pays les moins développés …

Lire la suite dans le PDF ECO du RAC : eco8-cop21