Alternatiba

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Pourquoi organiser des villages Alternatiba au Sénégal ?

  • Alternatiba, c’est quoi ?

Alternatiba (alternative en basque) est un mouvement citoyen populaire orienté vers la lutte active contre le changement climatique à travers l’organisation de « villages des alternatives » où sont exposées les solutions concrètes au dérèglement climatique. En 2013, à Bayonne en France s’est tenu le premier village des alternatives aux changements climatiques, à l’initiative de BIZI, une association altermondialiste et écologiste. Il visait à la fois à relancer la mobilisation citoyenne, suite à l’échec de la COP à Copenhague et à diffuser le message de l’urgence climatique afin de toucher mieux que possible le grand public quant à la réduction des gaz à effet de serre. Il s’agissait aussi de montrer que les solutions concrètes aux changements climatiques existent et qu’elles sont ré-appropriables par le large public. Cet événement organisé par prés de 500 bénévoles aura rassemblé 12 000 participants qui sont venus à la rencontre des porteuses et porteurs d’alternatives.

Depuis lors, en France, en Europe et partout ailleurs se montent des villages des alternatives pour diffuser le message de l’urgence climatique et faire connaitre les milliers d’alternatives déjà existantes pour lutter efficacement et durablement contre le dérèglement climatique. En France, dans la perspective de la COP 21, plus d’une soixantaine d’Alternatiba ont déjà eu ou auront lieu cette année. A l’étranger, il y a eu des villages Alternatiba en Tahiti, à la Réunion et en Haïti. Par ailleurs, le mouvement Alternatiba a été très présent au dernier forum social mondial à Tunis. Un village mondial des alternatives lors de la COP 21 à Paris aura également lieu le 5 et 6 décembre à Montreuil.

  • L’urgence climatique au Sénégal, une bien triste réalité !

Les derniers rapports scientifiques des experts sur le dérèglement climatique sont alarmants et nous édifient hélas sur la gravité de la situation actuelle qui nous impose à limiter l’augmentation de la température à la surface du globe à un seuil inférieur à 2°C. Mais jusque là les négociations internationales n’ont produit que des accords très peu ambitieux et exposant ainsi toute l’humanité aux conséquences désastreuses du changement climatique. Et pourtant celles-ci ne sont font plus attendre et sont davantage virulentes dans les pays du Sud.

Au Sénégal, les conséquences sont déjà désastreuses: avancée de la mer, montée des océans, érosion côtière causant d’importants dégâts et entraînant quelques fois le déplacement de certains villages comme c’est le cas dans la périphérie de Mbour et de Saint Louis, baisse de la pluviométrie et des rendements agricoles, dégradation des sols, inondations, perte de la biodiversité marine et terrestre, baisse de la nappe phréatique du littoral, sécheresse, etc. Il est clair alors que les impacts du dérèglement climatique risquent alors de renforcer les inégalités économiques et sociales, la famine, les conflits fonciers, de menacer la sécurité alimentaire et de favoriser l’immigration clandestine.

  • Les changements climatiques posent des enjeux de justice climatique et sociale

 Lutter contre les changements climatiques, c’est s’opposer à un problème à la fois d’ordre intergénérationnel mais aussi d’ordre international, c’est-à-dire un enjeu de justice entre nations et qui pose la question des responsabilités des émetteurs des gaz à effet de serre. Les pays du sud, comme le Sénégal, subissent de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique, alors que les pays industrialisés sont historiquement les grands émetteurs des gaz à effet de serre. De plus, seules 90 entreprises sont responsables des 2/3 de CO2 rejetés dans l’atmosphère. Le changement climatique nous amène à nous interroger sur le genre humain, mais surtout sur le système économique actuel.

La question de la distribution des responsabilités ainsi que la dette écologique de l’occident même si elles sont clairement posées, restent très peu abordées dans les arènes internationales de négociations, qui s’attachent à produire plutôt de fausses solutions et continuent ainsi d’esquiver les véritables causes des changements climatiques. Ces fausses solutions, allant du grand marché financier du carbone et de la biodiversité à la géo-ingénierie, en passant par les nombreuses solutions technologiques proposées, ne font qu’aliéner l’humain et renforcent davantage les inégalités nord-sud.

  • Point de fatalisme, des solutions concrètes existent et sont à portée de mains !

Et pourtant au-delà des dégâts engendrés par les changements climatiques et à côté des fausses solutions proposées par les grands lobby et la communauté internationale, il subsiste une pléthore de solutions concrètes qui sont expérimentées et mises en œuvre au quotidien : agriculture saine et durable, consommation locale et responsable, reboisement des littoraux, pêche durable, énergies renouvelables, réparation, réduction et recyclage des déchets, etc. Vivre ces solutions concrètes constitue une réponse à la fois aux fausses solutions et permet de rompre avec l’inertie pour redonner du pouvoir d’agir au citoyen et aux communautés. A l’opposé de ce que l’on voudrait nous faire croire, elles ne font pas régresser la société, mais au contraire, elles contribuent à instaurer une société plus juste, plus équitable et plus conviviale et surtout, où le bien commun est l’affaire de tous.

  • La dynamique Alternatiba au Sénégal : Enclencher une appropriation citoyenne et collective de la lutte contre le changement climatique, vers l’organisation de villages « Alternatiba » au Sénégal

En 2016, le Sénégal devait accueillir pour la première fois la COP 22. Cela aurait été l’occasion pour les pays du Sud de faire entendre leur voix dans les négociations et également un moment privilégié de montrer qu’il existe des solutions concrètes dans ces pays du sud indépendamment des fausses solutions comme les mécanismes de développement propre ou ceux d’atténuation. Malgré le désistement du gouvernement sénégalais pour l’organisation de cette COP, la mobilisation en faveur de la lutte contre le dérèglement climatique et de la justice climatique prend de l’ampleur. Si pendant des années, il a été très difficile d’instaurer une quelconque justice climatique, il est au moins temps que les pays du sud se saisissent de la question et refusent désormais les diktats des grands lobbies internationaux, du monde de la finance et les fausses solutions, pour s’attaquer aux véritables causes du changement climatique, qui depuis quelques années, impactent négativement leur quotidien et les rendent plus vulnérables.

L’organisation de villages d’Alternatives au Sénégal sera alors l’occasion de montrer que, dans les pays du Sud comme le Sénégal, émergent et se concrétisent des solutions au dérèglement climatique, qui sont émancipatrices et porteuses de développement et d’autonomie. Ses solutions sont d’autant plus importantes qu’elles nous sauvent et sauvegardent notre économie locale des nombreuses dérives des lobbies internationaux et des systèmes financiers. Il s’agira, ainsi, de mettre en lumière et de valoriser les nombreuses alternatives qui sont mises en œuvre au quotidien aussi bien par des collectifs que par des individus, par les collectivités locales, les organisations de base, par l’Etat, etc. Ce sera également un moyen de créer des synergies entre les différentes actions menées sur le territoire sénégalais pour plus de visibilité, de sortir de l’entre soi militant et du cercle des convaincus pour toucher le large public.

  • Les débuts de la dynamique : lancement de l’organisation du village dakarois

La première réunion a eu lieu le 22 octobre dans les locaux d’Enda tiers monde. La dynamique Alternatiba a été présentée aux citoyens et organisation présentes qui ont adhérés à la philosophie et aux principes d’actions de ce mouvement citoyen populaire, tout en se réservant la possibilité de les adapter aux réalités des territoires sénégalais. Il y a été convenu d’organiser en 2016 plusieurs Alternatiba notamment dans trois territoires : en Casamance, à Dakar et dans le Delta du Saloum

Pour l’instant, seule l’organisation du village de Dakar a été lancée avec comme objectifs de :

  • Diffuser le message de l’urgence climatique afin de toucher mieux que possible le grand public quant à la réduction des gaz à effet de serre.
  • Diffuser les solutions concrètes aux changements climatiques et favoriser leur appropriation par toutes et tous.
  • Mettre en réseau et créer des synergies entre les différentes actions menées sur le territoire dakarois pour, plus de visibilité, sortir de l’entre soi militant et du cercle des convaincus pour toucher toutes les catégories sociales.

Nombreuses sont les solutions qui pourraient y être présentées : agriculture saine et durable, consommation locale et responsable, relocalisation de l’économie, promotion de l’économie sociale et solidaire, commerce équitable, pêche durable, défense des biens communs tels que l’eau, les forêts, le littoral, valorisation de la récupération et du recyclage des déchets, éco-santé, énergies renouvelables, promotion de l’éco-habitat. Mais en l’état,  elles semblent très éparpillées et dispersées, donnant finalement l’impression qu’elles ne s’adressent qu’aux convaincus. Diffuser alors les solutions concrètes, c’est avant tout sortir de l’entre soi militant et viser d’autres catégories sociales qui ne sont pas très au fait des problématiques des changements climatiques. L’idée est alors d’adopter une démarche inclusive en impliquant mieux que possible les milieux populaires et les classes défavorisées. Les solutions concrètes existent, il faut, les appuyer, les multiplier, les valoriser, les diffuser  et les rendre appropriables par toutes et tous.

La dynamique Alternatiba au Sénégal entend également mettre en lien ou connecter les solutions concrètes. Par exemple les luttes contre les centrales de charbon à Bargny (l’une des zones les plus touchées par l’érosion côtière), dans les Niayes ou les exploitations minières  doivent être connectées aux solutions proposées.

  • Acteurs mobilisés et organisation

L’équipe de coordination continue d’effectuer un travail de mobilisation autour de la dynamique Alternatiba au Sénégal afin d’impliquer le maximum d’organisations et de citoyens. Pour l’heure, le collectif Alternatiba Dakar regroupe plusieurs structures et OCB (organisation communautaire de base). Des structures actives dans la préservation de l’environnement comme Enda Pronat (Agroécologie, genre, Foncier), Enda LEAD Afrique Francophone (Leadership, éco-santé, changement climatique), ASPSP (association sénégalaise des producteurs de semences paysannes, la FENAB (Fédération nationale pour l’agriculture biologique au Sénégal), Green line, GREENACT, JVE (jeunes volontaires pour l’Environnement section sénégalaise), AFAFA (Aide aux Forces vives Africaines par la Formation en Agroécologie) se sont dès le départ associés à la dynamique. Le collectif est par ailleurs renforcé par d’autres organisations comme Réseau des Jeunes pour la Promotion des Droits Humains (RJPDH), Bégué Coco (entreprise sociale), Voûte Nubienne (Eco-habitat), CERADS (centre d’étude recherche-action pour le développement de la zone soudano-sahélienne), Documentation Sénégalaise, des étudiants, des chercheurs et bien sûr des citoyens engagés sans étiquette.

Le village de Dakar sera l’occasion de mettre en lumière et de valoriser les nombreuses alternatives qui sont mises en œuvre au quotidien aussi bien par des collectifs que par des individus, par les collectivités locales, les organisations de base, par l’Etat, etc. Ainsi à partir de ces solutions concrètes, des espaces thématiques pourraient être aménagés avec des stands, des animations artistiques. Des forums ouverts sous forme d’agora, des formations, des conférences pourraient parallèlement avoir lieu. Ce sera également un moment festif et convivial avec du théâtre forum, des performances artistiques et des concerts avec la participation de plusieurs artistes.

L’organisation d’Alternatiba Dakar est basée sur les principes de gouvernance horizontale. Elle s’appuie sur différentes commissions transversales et thématiques.


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