Alternatiba Dakar: Une solution aux changements climatiques

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Lancé en fin octobre 2015, le collectif Alternatiba Dakar qui a initié des rencontres mensuelles populaires et festives appelées Ndadje’Tiba, prépare activement un festival des alternatives au mois d’octobre 2016. Etant convaincu de l’existence de solutions pour faire face aux changements climatiques, Alternatiba propose de mettre en lumière et de valoriser ces nombreuses alternatives qui existent et permettre l’accès à celles-ci, en favorisant leur appropriation par le large public.

Entretien avec Mariama Diallo, membre de ce collectif qui fonctionne avec un mode de gestion horizontale sans hiérarchisation.

1-Sentez-vous vraiment l’implication des populations depuis le lancement de ce collectif à Dakar?

Il faut savoir que le collectif est encore très jeune, il a été lancé fin octobre 2015, mais c’est véritablement depuis mars 2016 qu’il a commencé à être actif. Oui certains sont impliqués, notamment des militants, et ceux qui sentent que les changements climatiques menacent leur quotidien.

Il n’est pas très simple de mobiliser au Sénégal sur des questions d’écologie. On n’a pas la culture du bénévolat et surtout parce qu’il y a tout une tradition bâtie sur la séparation des problématiques socio-économiques d’avec celles environnementales. Et pourtant en réalité elles sont imbriquées les unes des autres.

De ce fait, nous essayons de plus en plus de partir des problèmes socio-économiques des populations, en leur montrant à quel point les changements climatiques les menacent et posent avant tout des enjeux de justice sociale.

Et par là, nous voyons qu’elles s’intéressent de plus en plus à ce que l’on fait. Nous travaillons aussi à l’inclusion des nouveaux arrivants, des non militants, des catégories sociales défavorisées qui sont les plus touchées et les plus vulnérables.

2-Est-il vraiment nécessaire de s’engager dans une dynamique de justice climatique dans un pays du sud qui n’a ni richesse encore moins pouvoir?

Justement, c’est parce que l’on est dans un pays du sud que l’on doit se battre pour la justice climatique et cela pour deux raisons.

Premièrement, il ne faut surtout pas oublier que les changements climatiques posent avant tout, la question de la responsabilité historique et de la dette écologique de l’occident. Nous subissons un dérèglement auquel on a très peu contribué.

De deux, s’engager dans une dynamique de justice climatique n’est pas seulement une question de militantisme, mais des enjeux de survie, si l’on veut continuer à vivre, il faut bien que l’on s’adapte. Ce sont les pays qui sont au bas de l’échelle, les plus pauvres comme nous qui sont les plus impactés. A mon sens, nous ne pouvons plus rester dans l’inaction ou dans des attitudes de victimisation. Il nous faut agir, car s’engager dans une dynamique de justice climatique, c’est tout bonnement un instinct de survie.

3-Alternatiba Dakar n’est elle pas une association de plus ?

Précisément Alternatiba n’est pas une association qui vient grossir davantage le milieu associatif sénégalais. Il existe déjà une myriade d’associations qui font de belles choses et d’autres qui en font moins. Et dans ce paysage, Alternatiba se positionne comme une convergence de citoyens et d’organisations partageant des valeurs communes d’échange et de partage fondées sur la justice sociale et la solidarité.

Nous travaillons ou militons tous pour la même chose, c’est-à-dire une meilleure société qui soit plus durable, avec moins d’inégalités et de précarité. Et cette convergence est une belle façon de créer des synergies, des complémentarités, de se renforcer mutuellement et d’éviter le cloisonnement ou le chevauchement de certaines actions.

Ca permet également de fédérer des gens qui sont dans des secteurs très divers, de relier et de connecter les alternatives entre elles et de les penser en fait comme un système.

4-Que propose Alternatiba pour faire face aux changements climatiques?

Les solutions concrètes pour lutter activement contre le changement existent déjà, elles sont là, elles fusent et fleurissent de partout et sont mises en œuvre par des citoyens, des collectifs, des collectivités locales : l’agriculture saine et durable, consommation locale et responsable, relocalisation de l’économie, pêche durable, valorisation de la récupération et du recyclage des déchets, énergies renouvelables, éco-habitat et j’en passe.

Mais elles ont souvent très cloisonnées, peu diffusées, ignorées et très peu connues de tous. Alors ce que propose Alternatiba, c’est de mettre en lumière et de valoriser les nombreuses alternatives qui existent et permettre l’accès à celles-ci, en favorisant leur appropriation par le large public.

Et donc déjà ça permet de rompre avec le sentiment d’inertie et les discours fatalistes concernant le changement climatique. Notre démarche c’est aussi de mettre en lien les alternatives, de les renforcer, les valoriser, les diffuser pour qu’elles soient à la portée de tous.

L’appropriation des solutions est essentielle car elle permet de populariser la question du changement climatique tout en montrant clairement que chacun à son niveau peut relever le défi climatique et qu’on est tous en capacité de faire face et de gagner la bataille climatique.12813929_1670453923214932_7590339193387783241_n

5-Et dans ce cas, c’est aux populations de vous suivre?

Non, on ne les demande pas de nous suivre, c’est tout le contraire de notre démarche. Nous ne faisons pas pour ces populations, mais avec elles. On a une démarche qui part du bas et qui est inclusive. D’ailleurs on a un mode de gestion horizontale sans hiérarchisation. On travaille sur la base de l’intelligence collective où tous les impliqués ont le même statut.

On n’est pas dans des types de démarches top-down, mais plutôt dans de la valorisation communautaire. Et puis ces populations elles le savent. Elles savent qu’elles doivent faire face aux conséquences des changements climatiques et qu’elles doivent surmonter les énormes pertes que cela engendre.

Mais en même temps, elles en ont un peu marre des discours qui ne changent rien, que l’on pense pour elles, que l’on décide à leur place et que l’on conçoive des choses sans véritablement les associer.

Elles ont envie d’être des acteurs de leurs changements et c’est toute la démarche d’Alternatiba qui place les communautés locales au cœur du processus de mobilisation pour la justice climatique.

Il faut populariser la question du changement climatique, ne pas en faire une affaire d’experts ou de scientifiques et donner l’opportunité à tout un chacun de se prononcer là-dessus et d’agir pour faire bouger les choses.

6-Vous avez prévu d’organiser au Sénégal un festival des alternatives en octobre 2016. Quelle est votre stratégie de mobilisation?

On sait que le plus grand défi, c’est la mobilisation du grand public, à la fois ceux convaincus, mais qui restent dans des logiques cloisonnées et les autres à qui le changement climatique ne parlent pas forcement. Déjà partir des problèmes, des besoins réels des populations est une bonne entrée pour mobiliser et ça permet de susciter leur intérêt.

Lancement « NDAJE’TIBA »

En amont de l’événement aussi et au-delà des plénières, on a lancé un concept « NDAJE’TIBA » qui est une rencontre mensuelle qui va avoir lieu dans divers endroits de Dakar comme les jardins publics, les centres socioculturels ou encore les espaces jeunes, pour susciter une appropriation citoyenne et collective de la problématique des changements climatiques et préparer en amont le festival.

Ca se passe dans un cadre convivial et festif pour attirer le grand public et ne pas limiter le processus de mobilisation pour la lutte contre le changement climatique Alternatiba aux seuls militants convaincus et aux organisations. Et donc cela permet d’élargir et de diversifier le cercle des participants.

Le festival des alternatives, c’est aussi des concerts…

Nous misons aussi beaucoup sur le coté festif et convivial de l’événement pou pouvoir mobiliser tout le monde, car le festival des alternatives, c’est aussi des concerts, du théâtre, bref beaucoup de prestations culturelles et artistiques, donc un bon cadre pour conscientiser les participants et leur donner envie de s’engager dans la bataille climatique.

7-Espérez-vous avoir un impact au lendemain du village des alternatives?

Oui on espère déjà une meilleure connaissance et une prise de conscience par rapport aux enjeux du changement climatique et surtout une appropriation des solutions concrètes qui y seront présentées.

Evidemment que l’on est conscients que cela ne sera fera pas en un claquement de doigts, mais dans le temps comme pour tout changement social. Les changements de comportements impliquent un processus de transformation sociale et d’apprentissage qui certes peut bien prendre du temps. Donc le village des alternatives sera un point départ, un moment d’apprentissage pour les participants car au delà des solutions qui seront présentées, y aura également tout un ensemble de démonstrations et d’ateliers pratiques participatifs.

Justement le fait d’être en action est une belle façon de faire comprendre aux participants qu’il est possible de faire quelque chose, de changer la donne. Et ça permet de rompre avec le sentiment d’inaction, de redonner confiance aux citoyens et de mettre en marche notre pouvoir d’agir citoyen.

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