Témoignage – Sarah et Arthur, engagé·e·s dans Alternatives Territoriales

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Témoignage – Sarah et Arthur, engagé·e·s dans Alternatives Territoriales

Sarah et Arthur Dijon Alternatives territoriales

Sarah et Arthur, 24 ans sont engagé·e·s dans la campagne Alternatives Territoriales dans la ville de Dijon depuis l’été 2018. Voici leur témoignage, réalisé le 30 mars 2019.

Alternatiba : Pourquoi vous êtes-vous engagés dans la campagne Alternatives Territoriales à la base et comment avez-vous entendu parler de cette campagne  ?

Arthur : C’est grâce à la la vidéo de Partager c’est Sympa, sortie en mai 2018 : on l’a tous regardée et on a été une petite dizaine à s’inscrire sur le site via le formulaire dans la vidéo… Edwige a récupéré tout le mailing d’adresses et a proposé qu’on fasse un apéro pour que l’on réfléchisse ensemble à ce que l’on avait envie de faire. Elle connaissait Alternatiba et a pu nous parler un peu de l’association. Au début, pendant l’été c’était des apéros d’une dizaine de personnes, et à partir de la rentrée on s’est attaqué à ce que l’on allait faire et on a commencé à élaborer notre stratégie. On s’est alors penchés sur le plan climat [Plan climat-air-énergie territorial-PCAET].

Est ce qu’il y avait d’autres personnes que vous connaissiez à ce moment-là ?

Sarah : Non on ne connaissait personne d’autre, et personne ne se connaissait. On est tous venus via la vidéo de Partager c’est Sympa. Il y a des gens qui sont venus aux réunions initiales et qui ne sont plus venus au fur et à mesure, tandis que de nouvelles personnes rejoignaient le groupe. Cette vidéo est géniale : elle propose une manière de s’engager rapidement, facilement en dévoilant un objectif précis, local, sur le court/moyen terme.

Arthur : Et puis il y a eu les marches pour le climat qui nous ont fait connaître davantage. Quand on a fait nos journées grand public avec 30/40 participants pour faire du brainstorming, il y avait toujours des gens qui voulaient nous rejoindre.

“On n’a donc pas de leadership, mais des outardes, des personnes qui guident et qui peuvent aussi se mettre de côté pour avoir de la relève.”

Concrètement, ça représente quoi pour vous de s’engager ?

A : On a défini des groupes de travail : l’équipe animation, l’équipe  réseautage, l’équipe accueil des nouveaux… On a donc un groupe communication externe, un groupe réseautage qui fait le lien avec les autres assos du territoire et notamment Alternatiba Dijon qui est beaucoup suivi sur les réseaux et a une newsletter mensuelle, l’équipe communication interne…On fait tous les deux partie de l’équipe communication : Sarah s’occupe des posts sur la page Facebook, et moi je fais surtout de la veille.

S : Ça reste très ouvert, très souple : on tourne beaucoup. Pour compenser l’absence de structure, on a mis en place une sorte de leadership managérial tournant pour avoir quand même une forme de stabilité. On est entre 15 et 20 personnes dans le collectif et on fait des rencontres de travail une fois par mois. Même si on ne voulait pas de leader, il fallait que des personnes nous motivent et nous coordonnent. On a donc instauré depuis depuis deux mois ce que l’on appelle les outardes. Les outardes sont une espèce d’oies sauvages qui vole en V . Il y a toujours une oie sauvage qui est devant, à la pointe. Quand l’oie de tête fatigue, une autre prend sa place. On n’a donc pas de leadership, mais des outardes, des personnes qui guident et qui peuvent aussi se mettre de côté pour avoir de la relève. On est trois outardes à chaque fois. Par exemple, j’étais outarde là pendant deux mois, et je suis fatiguée et…

A : Je vais prendre la relève ! (rire)

S : Mais tout cela reste flexible, tout en répondant à un besoin de structure. On s’est rendu compte que lorsque l’on n’avait pas de structure interne, on n’avançait pas. Au début on avait des groupes de travail sur des thèmes, zéro déchet et pollution de l’air, puis on a vu que le plan local d’urbanisme (PLU) était en train de se monter sur Dijon. Etant donné que c’était la fin de la consultation publique, on en a fait une priorité. Puis on s’est lancés sur le Plan climat, en laissant de côté le reste. En parallèle on a organisé des après-midi ouverts à tous et toutes pour sensibiliser au climat et à l’échelle locale et récupérer des idées, sonder le public… Ce sont des moments importants, même s’ils nécessitent beaucoup d’organisation en amont !

Maintenant, est-ce-que vous avez un objectif défini à atteindre?

A : Le Plan local d’urbanisme (PLU) n’est pas encore terminé, il est soumis au commissaire enquêteur. Mais on a laissé tombé car le début de la rédaction du plan climat commence en juin. On a eu un rendez vous avec Jean-Patrick Masson qui est l’élu écologie environnement pour échanger sur les différentes phases du plan climat, et ça s’est bien passé. Nous avons accepté de suivre une formation sur comment les élus ont réalisé le diagnostic de l’ancien plan climat et comment ils construisent celui-là. Cette rencontre a lieu le 9 avril de 17h30 à 20h, en présence de tous les chargés de mission du plan climat qui réalisent eux-même le diagnostic. Ils ont ainsi pu nous partager leurs méthodes.  Après, en juin ils lanceront la phase de consultation publique pendant 30 jours. Finalement le plan climat sera adopté dans 6 mois avec un an de retard !

S : Pour l’instant, à notre connaissance, le calendrier d’établissement du plan climat est encore un peu flou, la seule échéance qui a l’air à peu près sûre ce sont les élections municipales.

Groupe de Dijon Alternatives Territoriales
L’équipe de la campagne Alternatives Territoriales à Dijon

Est-ce-que vous êtes réellement dans cette co-construction du plan climat, et quelles sont vos prochaines étapes ?

S : On veut voir où en sont les chargés de mission du plan climat dans cette phase de diagnostic, puis on veut prendre le maximum de place, faire partie du groupe qui monte le plan climat. En parallèle, il y a une semaine, on a lancé un questionnaire grand public. A l’issue des deux après-midi de consultation, on a recueilli un certain nombre de propositions pour la métropole de Dijon, comme “plus de bio dans les cantines”, “plus de pistes cyclables”, etc. Il y avait 300 propositions, on les a synthétisées et on en a fait un questionnaire en ligne avec des affirmations, par exemple “je veux 40% de bio dans les cantines d’ici 2025”. On demande alors aux gens d’indiquer sur un échelle de 1 à 5 s’ils sont d’accord ou pas d’accord, l’idéal étant d’avoir le plus de 5 possible et d’identifier les mesures qui font consensus et celles qui sont mal accueillies. On aimerait ensuite présenter ce questionnaire à la métropole  pour montrer l’importance de l’enjeu climatique. Pour l’instant on a environ 300 réponses et ce n’est que le début.

Dans tout le panel de tactiques, vous faites du plaidoyer, rencontrez les élus… est-ce-que vous faites aussi des actions non-violentes (ANV) ?

A : Suite à une formation ouverte à tous et toutes réalisée par les Désobéissants, un groupe ANV-COP21 s’est monté ! Les nouveaux activistes ont fait un die-in sur la place de la République lors de la dernière marche pour le climat, le dimanche 17 mars.  Quelques membres d’ANV COP21 sont aussi à Alternatives Territoriales, ou à Il est encore temps, et on espère qu’il y aura beaucoup d’interactions entre les groupes.

Questionnaire Alternatives Territoriales Dijon
Le questionnaire en ligne lancé par le groupe Alternatives Territoriales de Dijon

Quel est votre point fort dans votre groupe ?

S : D’avoir un bon contact avec la métropole. Ils ont bien accueilli notre démarche et ont accepté notre demande de formation . Après, on sait que ca peut changer. Mais la ville de Dijon et Dijon Métropole font beaucoup de communication sur l’écologie et effectivement, ils ont fait pas mal de choses et sont en légère avance par rapport aux décisions nationales. Ca peut être notre point fort et notre point faible à la fois : depuis que le collectif existe, rien ne nous permet de dire qu’il existe un double langage mais cela ne veut pas dire qu’il n’y en aura jamais.

A : Un autre point fort c’est que l’on accueille beaucoup de monde au moins une quarantaine de personne à chaque événement. On fait des apéros climat tous les derniers jeudi du mois dans un bar et il y a toujours entre vingt et trente personnes aussi !

Qu’est ce que c’est un apéro climat ?

A : On boit des bières (rire) ! On a un thème à chaque fois, et on fait une sorte de speed dating où chacun s’assoit 10 minutes avec une personne et répond à des questions comme “qu’est-ce que tu fais dans la vie de tous les jours pour le climat”, “pourquoi tu t’es investi dans des assos ?”…

S : L’idée est de toucher un public que l’on ne toucherait pas normalement en faisant des après-midi sur le plan climat. Les gens se disent “c’est un jeudi soir, autour d’une bière, dans un bar qui n’est ni associatif ni guindé…” C’est vraiment pour toucher un large public ! Et à chaque fois on récupère des mails, des contacts et des like sur notre page Facebook, ce qui permet d’informer les gens par la suite sur ce qu’on organise. L’idée est aussi de mettre les gens en contact, même si ce n’est pas dans notre campagne, c’est l’occasion de semer des petites graines.

“On fait une sorte de speed dating où chacun s’assoit 10 minutes avec une personne et répond à des questions comme “qu’est-ce que tu fais dans la vie de tous les jours pour le climat”, “pourquoi tu t’es investi dans des assos ?”…”

Qu’est ce que cette campagne vous a apporté personnellement depuis l’année dernière ?

A : L’organisation, l’anticipation, arriver à savoir combien de temps on est prêt à consacrer à un mouvement…

S : À gérer le temps et les gens ! Si tu veux bosser 60 heures par semaine tu peux, mais tu dois aussi pouvoir dire que tu peux pas.

A : À bosser sans cadre en fait ! Ce n’est pas simple de créer un collectif à partir de rien…

S : Et avec des gens qu’on ne connait pas en plus ! Tu apprends à travailler avec des gens qui ne sont pas recrutés, mais des gens qui viennent spontanément, qui n’ont pas le même avis que toi sur des milliers de sujets ! Tu apprends aussi la gestion de conflit…

A : Et à travailler avec toutes les générations ! Certains sont très mails tandis que nous on préfère travailler sur Facebook, ce qui n’est pas évident pour tout le monde.

S : Pour moi, c’est aussi  un accès aux bases de données. Tu vois le Réseau Action Climat (RAC) je connaissais pas avant, mais maintenant je peux aller sur leur site internet ! Je sais que ca existe, je peux le conseiller à des gens !

Est-ce que vous vous êtes dit que cette campagne était trop technique ?

A : Je pense que ca dépend de la formation. On a tous les deux fait une formation d’ingénieur agronome à Rennes, on a travaillé avec des élus et on est habitué aux cadres techniques.

S : Pour moi c’est même ce qui m’a donné envie de m’engager : que ce soit super concret, précis, factuel. “S’engager pour le climat” je ne sais pas ce que ça veut dire, et là au moins c’est très carré ! Et il y a aussi cette dimension politique. Je n’ai aucune connaissance technique d’un plan climat et c’est ce que je voulais acquérir comme savoir-faire. On se rend compte que ce n’est pas si difficile ! Je n’avais pas cette crainte de l’inconnu mais interagir avec une métropole comme Dijon ça peut être impressionnant. Mais ce sont des êtres humains comme nous. Surtout quand on parle de besoins primaires, comme respirer un air pur, circuler, on n’a pas besoin d’avoir des connaissances précises… Et puis ils sont payés pour faire ça ! Donc c’est à eux de faire en sorte que nos propositions entrent dans le cadre légal. Ça ne nous empêche pas d’avoir un avis précis. On y vit, on agit !

A : J’ajouterai que lors de la première réunion avec Jean-Patrick Masson, il nous a dit “vous n’êtes pas obligés de devenir technicien, vous pouvez juste envoyer des idées, c’est à nous -techniciens- de voir si c’est possible ou pas ! Si vous avez des envies, envoyez-les nous ! Et si vous voulez rentrer dans quelque chose de plus technique vous pouvez aussi.” Il nous a mis à l’aise. Mais plus on aura de bons arguments et plus on sera convaincants je pense.

S : Il y a des gens dans le groupe qui étaient paniqués à l’idée de rencontrer un élu. Moi je me disais “ce sont nos élus, encore heureux qu’ils nous reçoivent !” Certains se disent que la politique n’est pas accessible. Pour moi cette campagne vise à faire comprendre que si, la politique c’est une affaire de citoyens. La politique ça doit être accessible. Et on arrive pas comme un cheveu sur la soupe : on est prêt, la campagne est super bien préparée, on a plein d’outils !

““S’engager pour le climat” je ne sais pas ce que ça veut dire, et là au moins c’est très carré !”

Quelles sont vos envies et vos attentes pour 2019 ?

A: Les deux vidéos de Partager c’est Sympa, “on s’est planté” et “on change le game” sorties récemment ont été vues par tout le monde. On va faire une réunion sur nos objectifs, notre manière de fonctionner, les victoires que l’on a eu, comment on continue… La question à se poser est “est-ce que l’on est pas trop dans une lourdeur de cadre et de forme ?” On va faire le point sur ce qu’on a envie de faire et comment on le fait. Après notre objectif reste de mettre le plus d’idées à nous dans le plan climat.

S : Personnellement, j’aimerais qu’il y ait beaucoup moins de voitures à Dijon. Nous avons un gros centre ville avec des petites rues, mais les voitures y circulent toujours. On habite le centre et quand on ouvre les fenêtres on respire les gaz d’échappement ! L’autre truc c’est que j’aimerais bien qu’il y ait plus de 2 000 personnes à la Marche pour le climat car on a jamais dépassé les 1 500 personnes pour la marche…

A :  On aimerait bien sentir qu’on est nombreux à être sensible à l’écologie mais ce n’est pas encore le cas. On a du mal à sortir de notre cercle, à toucher des gens qui ne sont pas déjà impliqués. 

Merci vraiment pour cet entretien ! Je ne sais pas si vous voulez ajouter quelque chose ?

S : Je rajouterai que, en toute honnêteté, ce n’est pas facile de monter un groupe avec des gens qu’on ne connaît pas, avec lesquels on a plus ou moins d’atomes crochus, les mêmes affinités de caractère ou les mêmes valeurs.Mais c’est justement ça que je trouve beau ! L’objectif est tellement important et chacun le porte entièrement à sa façon, qu’on fait en sorte que ça tourne ! Chacun s’adapte. Ça fait vraiment partie pour moi du quotidien de la campagne d’Alternatives Territoriales, cette gestion d’équipe sans cadre. On a lancé des gens ensemble et on va voir ce que ça donne (rire) !


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