Le plus vieux désert du monde meurt pour les batteries de nos voitures « vertes

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Le plus vieux désert du monde meurt pour les batteries de nos voitures « vertes »

« L’extraction minière du lithium ne fait que commencer ». Il assure que le dialogue avec les communautés locales est essentiel, et que le gouvernement mène actuellement des études pour évaluer d’autres déserts de sels où étendre l’exploitation du lithium « pour préserver les lagons de Atacama ». Nous voilà rassurés.

Quand on parle des espaces en danger, on imagine volontiers les forêts et les espaces humides. Mais les déserts sont tout aussi essentiels. Dans le nord du Chili, le désert de sel Atacama est un trésor naturel, national et mondial. C’est le plus vieux désert de notre planète. Il est aussi le réservoir de la plus ancienne collection de météorites, certaines âgées de plus de 2 millions d’années.

Or ce désert détient 40 % des réserves mondiales de lithium, l’ingrédient principal utilisé pour… les technologies vertes ! Notamment les batteries pour recharger les voitures électriques et hybrides, qui ont donné un immense boom au secteur déjà bien sollicité par les demandes pour fabriquer les batteries des téléphones portables et des ordinateurs. C’est une véritable ruée vers l’or qui s’est déclenchée dans le « triangle du lithium », dans les déserts de sel de l’Argentine du Chili et de la Bolivie. Mais c’est bien le Chili qui reste leader avec des prix très attractifs dus à des conditions d’extraction optimales.

Pour extraire le lithium, le processus consiste à évaporer l’eau où il est contenu. Les mines assèchent donc le désert. Ce sont déjà 430 milliards de litres d’eau qui ont été perdus sur le seul plateau d’Atacama. Et comme le dit le sous-secrétaire de l’extraction minière Ricardo Irarrazabal Sanchez :

« L’extraction minière du lithium ne fait que commencer ». Il assure que le dialogue avec les communautés locales est essentiel, et que le gouvernement mène actuellement des études pour évaluer d’autres déserts de sels où étendre l’exploitation du lithium « pour préserver les lagons de Atacama ». Nous voilà rassurés.

Les mines d’exploitation de lithium sont gérées par des entreprises privées qui payent un loyer au gouvernement pour l’exploitation des mines. Une partie des profits est reversée sous forme de taxes qui doivent être réinvesties dans des infrastructures à Santiago. Pas de souci à se faire donc quant au partage des profits de cette gigantesque industrie ni de conflits d’intérêts.

Pour les animaux comme pour les peuples qui y vivent, cela signifie la condamnation à disparaître ou à migrer. Des militants ont organisé des marches de 350km, espérant éveiller l’attention des autorités. Ils sont une poignée à marcher le long de la route, le visage au vent, fouettés par les camions qui passent à toute vitesse, transportant le lithium. Ce que ces habitants du désert dénoncent, ce n’est pas seulement la destruction d’un territoire. C’est aussi la confiscation de leur droit à participer à l’avenir de leurs enfants, sous le prétexte d’un grand projet national mené par « ceux qui savent » ce qui est bon pour eux. Ils disent :

« Nous voulons aussi développer. Mais nous voulons en faire partie. » Ils ont fini par obtenir un arrêt de la cour environnementale à Antofagasta obligeant la principale entreprise d’exploitation et leader mondiale, SQM Sociedad Química y Minera de Chile de freiner ses ambitions d’expansion. Mais le combat est loin, très loin d’être gagné, et à ce rythme, le désert de sel disparaîtra, entraînant dans sa destruction des effets aussi graves que ceux de la destruction de la forêt amazonienne.

Depuis notre écran, nous pouvons nous alarmer de cette situation et la condamner. Il reste que nous utilisons des ordinateurs, des téléphones portables, et que, devant les dégâts causés par l’extraction d’énergies fossiles, nous songeons peut-être à acheter des voitures électriques. La frontière entre les bons et les méchants, entre les exploitants destructeurs de l’environnement et ses défenseurs, n’est pas aussi claire que ce qu’on voudrait bien croire. À nous d’exiger de nos gouvernements et des entreprises à qui nous achetons des produits, d’avoir une éthique de production. Et pourtant… avec 2 milliards d’individus de plus en 2050, qui seront nés dans le monde des nouvelles technologies, comment imaginer que nous arriverons à limiter la production de lithium ?

Devons-nous en tirer la conclusion que les technologies vertes sont à jeter ? Une arnaque de plus ? Non. Simplement que si la seule solution que nous trouvons est de remplacer des technologies fossiles par d’autres, sans changer la manière dont nous les utilisons, la quantité de ce que nous produisons et consommons, nous ne ferons que déplacer le problème, avec le danger de nous asseoir sur notre bonne conscience.

Une campagne (dérangeante ?) pour dénoncer l’inaction politique

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Une campagne (dérangeante ?) pour dénoncer l’inaction politique

 

ors qu’à longueur de journée, nous sommes toutes et tous cernés par des pubs qui nous incitent à acheter des SUV ou à prendre l’avion, notre nouvelle campagne sur l’urgence climatique n’a pas droit de cité dans les couloirs du métro parisien ou dans certaines salles de ciné. Quel est le message que nous voulons faire passer dans cette nouvelle campagne et qui, visiblement, dérange ?

Le changement climatique est désormais LA préoccupation majeure des populations française et européenne, les mouvements des jeunes pour le climat s’intensifient et 1000 scientifiques appellent à la désobéissance civile face à l’urgence écologique. Pourtant, les responsables politiques continuent de ne rien faire et contribuent, par cette inaction, à aggraver la crise climatique.

Stop au blabla des politiques

Vous l’aurez compris, le message qui dérange, c’est le suivant :

Nous, en tant que citoyens et citoyennes, nous faisons chaque jour notre part de petits gestes pour “sauver la planète”, mais cela ne sera malheureusement pas suffisant et ne doit pas exonérer les responsables politiques de prendre les mesures systémiques qui s’imposent pour venir à bout de la crise climatique !

Ce message semble un peu trop engagé pour différentes régies publicitaires, comme Mediatransports, qui gère la pub du métro parisien, ou certains cinémas qui ont refusé de diffuser la vidéo ou les supports d’affichage de cette campagne.

Si notre campagne a été privée de visibilité dans le métro parisien et dans des cinémas, elle sera cependant visible à Bordeaux, Lille, Lyon, Montpellier et Toulouse, à partir du 2 mars.

Le maïs en Alsace, ou le business de « l’or jaune »

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Une économie du maïs s’est constituée en Alsace depuis les années 50, si bien que la production de cette plante couvre 40% de la surface agricole de la région. Elle sert principalement à répondre à une demande de l’industrie qui nécessite l’amidon présent dans le maïs pour élaborer des produits transformés par exemple. Ce modèle agricole est remis en question par des associations telles qu’Alsace Nature. Elles dénoncent le fait que la production agricole, maintenant soumise aux règles de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), « est devenue une marchandise qui sert à la génération de profit, avec des conséquences néfastes sur la biodiversité et sur les agriculteurs. »

Dans la plaine d’Alsace, difficile de louper les 120 000 hectares de culture de maïs qui tapissent le paysage. Pourtant originaire du Mexique, cette plante recouvre 40% de la surface agricole dans la région, contre 9% en moyenne en France. 4 000 exploitants cultivent « l’or jaune alsacien » comme l’a surnommé la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) dans un dossier paru en 2010, qui explique que le maïs « représente une part très importante de l’économie régionale. »

Mais à quoi sert tout ce maïs ? L’espèce cultivée en immense majorité en Alsace est le maïs grain. Il n’est pas destiné à être consommé directement. D’après la chambre d’agriculture, 75% de la production est utilisée par l’industrie. Tereos Syral à Marckolsheim et Roquette à Beinheim pratiquent l’amidonnerie par exemple. Ces géants de l’agroalimentaire extraient l’amidon qui compose le grain de maïs à 70%. De nombreux débouchés sont possibles ensuite, comme l’élaboration de bioplastique ou encore de sirop de glucose qui entre dans la fabrication de produits transformés. Le reste du maïs alsacien sert à nourrir du bétail, principalement des vaches laitières d’après la chambre d’agriculture.

Un modèle agricole capitaliste

Depuis les années 50-60, c’est toute une économie du maïs qui s’est mise en place en Alsace. L’apparition de semences hybrides, bien adaptées au climat alsacien a accéléré le processus. La nappe phréatique permet un bon approvisionnement de la culture en eau. Depuis une quinzaine d’années, le rendement du maïs en Alsace est le meilleur de France, avec une moyenne de 10,5 tonnes par hectare, contre 8 tonnes par hectare en général.

Un réseau de collecte et de vente de maïs s’est développé pour permettre l’acheminement de la production du maïs vers ses débouchés. Des coopératives comme le Comptoir Agricole ou CAC 68 jouent le rôle d’intermédiaire en collectant les grains et en les revendant aux entreprises qui le transforme. Ces coopératives réalisent des chiffres d’affaires de dizaines de millions d’euros tous les ans grâce à cette activité.

Le système agricole alsacien est hérité notamment de la transformation de la vision de la production. D’après Maurice Wintz, sociologue rural à l’Université de Strasbourg, « c’est à partir du 18ème siècle que l’on a vu des productions agricoles, celles des colonies, entrer sur le marché. En France, l’agriculture s’est mise à répondre aux besoins de l’industrie dans les années 50-60. Depuis 1995, date de l’entrée en vigueur du Cycle d’Uruguay, les marchandises agricoles sont soumises aux règles de l’OMC. L’agriculture ne sert plus à nourrir la population, mais elle constitue une marchandise, qui répond à une demande industrielle, dans une vision de génération de profit. Elle n’est pas réfléchie pour le bien commun, mais elle répond au dogme du capitalisme. »

Des impacts sur la biodiversité

Anne Vonesch, vice-présidente d’Alsace Nature, interroge cette vision de l’agriculture : « Toute cette surface utilisée pour faire des composés qui servent à l’industrie comme du sirop de glucose, c’est du gâchis. Cela représente une vision de l’approvisionnement alimentaire grâce à des échanges à l’échelle de la planète entière, à l’antithèse des discours sur les circuits courts. C’est un non sens écologique. »

En 2019, la chambre d’agriculture Alsace a créé une commission communication chargée de redorer l’image du maïs. « Cette céréale est peu gourmande en pesticides par rapport à d’autres cultures comme la vigne par exemple. Elle ne consomme pas énormément d’eau. » Le maïs nécessite néanmoins des herbicides comme le S-métolachlore, toxique pour de nombreuses espèces végétales. « La molécule mère et ses métabolites sont nettement retrouvés dans les eaux » de la nappe phréatique d’après une étude de l’observatoire de la nappe d’Alsace (APRONA).

Le maïs a surtout des impacts sur la nature à cause de la surface qu’il occupe, comme l’explique Anne Vonesch : « Peu d’espèces peuvent habiter dans les champs de maïs. Ils constituent littéralement un désert biologique en occupant de grands territoires et en déconnectant les écosystèmes naturels entre eux. Il est nécessaire de repenser l’agriculture sur le principe d’agroécologie, avec des bandes enherbées, des haies, des arbres et des zones humides, pour créer des environnements où une faune diversifiée puisse exister. » La destruction des habitats naturels, rognés par l’agriculture, constitue l’un des premiers facteurs de l’érosion de la biodiversité en Europe.

Une autre agriculture est possible

Un autre problème posé par la culture du maïs est l’appauvrissement du sol. Celui-ci est récolté tard dans l’année, à l’automne en général. Le sol reste nu pendant l’hiver, jusqu’à la nouvelle pousse de maïs. Ce défaut de couverture du sol induit une absence de matière organique en décomposition. La terre ne joue plus son rôle de réserve de nutriments. Ainsi, par endroits en Alsace, l’utilisation d’engrais devient indispensable, dans un sol pourtant historiquement reconnu pour sa richesse.

Pour Maurice Wintz, une autre agriculture est possible, et même indispensable :

« Techniquement, l’agroécologie et l’agroforesterie ont déjà fait leurs preuves. Une relocalisation de la production et de la consommation est aussi nécessaire, potentiellement par une forme de protectionnisme. Cela pourrait se faire à l’échelle de l’Europe. L’agriculture en France concerne 50% du territoire, elle est subventionnée par de l’argent public, elle détermine l’alimentation de tout le monde et elle a un impact immense sur la nature et la santé publique. Qui n’est pas pour une agriculture de proximité, écologique et sociale, qui fasse vivre les agriculteurs ? C’est une affaire démocratique, un sujet de société fondamental. De simples choix politiques pourraient nous permettre d’avoir une agriculture écologique et permettrait aux agriculteurs de vivre en cassant la concurrence qui leur impose de vendre leur production à des prix dérisoires. »

Au Pays basque, les paysans ont créé leur chambre d’agriculture alternative

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Au Pays basque, les paysans ont créé leur chambre d’agriculture alternative

17 février 2020 / Chloé Rebillard (Reporterre)

Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG – chambre d’agriculture basque – en euskara, la langue basque) est une association pour aider les paysans créée en 2005. Endossant le même rôle qu’une chambre d’agriculture départementale sans pour autant être reconnue comme un office public, elle encourage une politique agricole différente de celle des chambres officielles.

  • Ainhice-Mongelos (Pyrénées-Atlantiques, nord du Pays basque), reportage

Quand Michel Berhocoirigoin arrive dans l’ancien hôtel qui abrite le siège de Euskal Herriko Laborantza Ganbara, il passe la tête dans chaque bureau pour saluer les employés d’un «adio» (salut) et échanger quelques mots. Le paysan de 68 ans désormais à la retraite a une carrière bien remplie derrière lui qui en fait une personnalité connue du Pays basque. Président d’EHLG à sa création, il a fait partie des fondateurs du syndicat basque ELB (Euskal herriko Laborarien Batasuna — syndicat des paysans basques) en 1982. ELB s’est rattaché à la Confédération paysanne lors de sa constitution en 1987. M. Berhocoirigoin en a été secrétaire général.

Dans les bureaux, chaque personne a sa spécialité. Iker Elosegi, coordinateur de EHLG, détaille : «Deux personnes travaillent sur l’élevage, une personne sur l’agronomie et la production végétale, une sur les questions d’eau…» Une vingtaine de personnes sont employées par la structure, qui vient de fêter ses quinze années d’existence. Son slogan : «Pour une agriculture paysanne et durable au Pays basque». «On préfère toujours trois petites fermes à une grande», souligne le coordinateur. Au Pays basque, la taille des exploitations agricoles est deux fois plus petite que la moyenne française et la densité de paysans y est plus importante qu’ailleurs. Une spécificité que EHLG a à cœur de maintenir.

L’opposition de l’association à l’agriculture productiviste et aux politiques menées par la chambre d’agriculture départementale des Pyrénées-Atlantiques, où la FDSEA a toujours emporté les élections, fait partie de son histoire. Dans ce département bicéphale, divisé entre le Béarn et le Pays basque, ELB se revendique majoritaire dans la partie basque depuis les élections de 2001. Michel Berhocoirigoin en est persuadé : «Deux types d’agriculture se confrontent. Le discours dominant veut qu’il y ait de la place pour toutes les agricultures. Cela est faux : l’une est prédatrice de l’autre.»

Michel Berhocoirigoin.

Figure des luttes paysannes, Michel Berhocoirigoin est l’une des mémoires vives de ce que furent les batailles menées pour aboutir à la création de structures alternatives : « On ne s’est pas réveillés un matin en disant “j’ai eu l’idée”, c’est un processus long. » Il enchaîne : « Notre génération et celle qui nous précédait étaient issues de la JAC (Jeunesse agricole chrétienne). On est arrivé dans la période qui suivait mai 68, avec des idées et des analyses nouvelles. On voulait casser les carcans du monde paysan et rural. »

Lorsque Roquefort société, rachetée depuis par Lactalis, qui achetait le lait de brebis, principale production agricole au Pays basque, a baissé ses prix, les éleveurs ovins basques décidèrent de changer de crémerie : plutôt que de prendre le chemin du productivisme et de l’intensification, comme le préconisait la chambre d’agriculture départementale, ils choisirent de garder les races rustiques de brebis bien adaptées à leurs montagnes mais moins productives que la lacaune. L’appellation Ossau-Iraty émergea alors. « Cela a tracé le sillon du travail que l’on a effectué et élargi ensuite : il faut qu’on organise notre agriculture à partir des potentialités qu’offre notre territoire », dit Michel Berhocoirigoin, qui était éleveur de vaches laitières.

Ont suivi la création de plusieurs structures, un groupement foncier agricole (GFA) pour le rachat des terres, puis le syndicat d’ELB (Rassemblement des paysans du Pays basque) a vu le jour en 1982, issu d’une scission au sein de la FDSEA, seul syndicat agricole existant alors : « Avant de quitter la FNSEA, on a eu un débat : fallait-il lutter de l’intérieur ? Mais la seule valeur de l’union, c’est quand on a les mêmes intérêts. On ne voulait plus rassembler le renard et la poule dans le même poulailler. » L’un des piliers du syndicat ELB fut aussi le choix de la non-violence dans un contexte politique où ETA (organisation de lutte armée aujourd’hui dissoute) était très active.

Iker Elosegi, coordinateur de EHLG.

Lorsque ELB a commencé à faire jeu égal avec la FNSEA pour la partie basque dans les urnes en 1995 — mais il a été écarté de toute délégation à la chambre départementale —, les paysans ont lancé une bataille pour obtenir une chambre d’agriculture en Pays basque. « Le modèle agricole de la chambre départementale ne correspondait pas au développement que l’on voulait pour l’Iparralde (Pays basque du nord des Pyrénées, c’est-à-dire la partie du Pays basque située en France, la partie sud étant située en Espagne). » En 2003, décision fut prise par les militants de passer outre l’avis de l’État français, qui s’opposait à la création d’une deuxième chambre d’agriculture dans un même département. Le 15 janvier 2005, EHLG vit le jour sous le statut associatif. « Ils nous ont sous-estimés, cela faisait des mois qu’on annonçait publiquement la création de cette chambre alternative mais le préfet n’a réagi que huit jours avant. » Plainte au pénal, perquisitions, convocations, menaces sur les communes qui leur attribuaient des subventions, l’État français n’épargna pas la jeune structure : « Pendant trois ans on a passé l’essentiel de notre temps aux tribunaux. » Cependant, l’État a perdu tous les procès.

Promouvoir l’agriculture paysanne

Désormais normalisée, la structure travaille dans un contexte plus serein. Une partie de son financement vient des subventions versées par la région Nouvelle-Aquitaine, l’Agence de l’eau, le département des Pyrénées-Atlantiques ou le gouvernement basque espagnol. Mais 20 % de son budget provient toujours de dons privés, issu de l’élan de sympathie qu’il avait suscité lors des manifestations pour sa création.

le siège de Euskal Herriko Laborantza Ganbara est un ancien hôtel.

« On essaye de répondre à toutes les demandes qui viennent du monde paysan », précise Iker Elosegi. Le leitmotiv est de partir de la réalité du terrain et de tenter de construire une agriculture respectueuse des hommes et de l’environnement : « L’agriculture paysanne n’a pas des limites claires : on veut aller vers quelque chose et on prend les gens là où ils sont. » Les agriculteurs qui poussent la porte d’EHLG peuvent se faire accompagner pour une formation, un diagnostic, une (re)conversion, une transmission de ferme, etc. Mais la structure s’empare aussi de sujets aux marges du monde agricole. En arrivant en 2008 au sein de l’association, Iker Elosegi a été happé par le dossier sur la qualité des eaux : « J’ai l’habitude de dire que je me suis noyé dans la Nive. » Il garde un œil sur cette problématique et tance la nouvelle communauté d’agglomération du Pays basque (CAPB), qui a repris cette compétence depuis sa création il y a trois ans et « qui n’a pas su assurer la continuité. Aujourd’hui, c’est au point mort. »

L’assemblée plénière de l’association regroupe des personnes de la société civile, d’associations environnementales, des consommateurs. C’est aussi le pari d’EHLG : tous ceux qui s’intéressent à l’agriculture ont leur place dans le fonctionnement. M. Berhocoirigoin l’a toujours perçu comme une évidence : « L’agriculture est un sujet qui ne concerne pas que les paysans. Les chambres d’agriculture départementales se voient comme autant de forteresses assiégées par les écologistes et les consommateurs. Pour faire l’unité, elles jouent sur l’idée qu’on est agressé de l’extérieur, c’est très dangereux. »

Depuis la création d’EHLG, les paysans organisent Lurrama, le salon de l’agriculture paysanne à Biarritz, un moment privilégié pour montrer au reste de la société, notamment les citadins, les pratiques agricoles menées dans les fermes. Pour Iker Elosegi, leur réussite la plus évidente est là : « Le lien avec les autres citoyens est gagné. Lurrama et nous y sommes pour beaucoup. » Et pour le reste ? Il hésite : « Mon impression est que le monde paysan est de plus en plus sensible à : qu’est-ce que l’agriculture de demain ? Une série de choses poussent les paysans à chercher d’autres manières de faire. Ça, c’est la version optimiste. La version pessimiste dit que la taille moyenne des ateliers en brebis laitières a doublé en quinze ans. Aujourd’hui, des usines à lait se mettent en place. » Il finit en souriant : « Mais on est d’un naturel optimiste dans cette maison et on veut croire que le boulot qu’on a fait depuis quinze ans a servi ! » Quant à M. Berhocoirigoin, il est persuadé que leur simple existence a déjà contribué à bouleverser le paysage. Il revient de rencontres au siège de la Confédération paysanne, à Paris, avec des agriculteurs d’autres départements qui sont intéressés pour lancer le modèle ailleurs : « On ne demande qu’une seule chose, c’est être copié ! »

 

 

 

 

 

 

L’effondrement, un sujet fort au cœur d’un court-métrage brillant

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L’effondrement, un sujet fort au cœur d’un court-métrage brillant

Les pires prédictions ne sont pas toujours celles qui suscitent le plus d’intérêt, ni le plus d’inquiétude. Tel est le thème de ce court-métrage.

Les habitants de 2 000 communes engagés pour un « Pacte pour la Transition »

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Ça bouge ! Fairtrade, I-Boycott, Utopia, la Ligue des droits de l’Homme, Emmaüs, Greenpeace, le Mouvement Colibris, Artisans du Monde… Voici quelques-unes des 60 organisations qui se sont retrouvées au delà de leurs engagements variés pour établir un Pacte pour la Transition, conscientes de l’importance du développement de cette dernière à l’échelon local. L’objectif annoncé : peser lors des élections municipales de 2020, une étape décisive pour avancer vers une transition écologique et sociale, en premier lieu au niveau communal, avant d’en dépasser les frontières pour conquérir le pays entier.

Pour citer directement Aliette Lacroix, coordinatrice du Pacte pour la Transition :

« L’objectif du Pacte pour la Transition est de réunir autour d’une même table les habitants, les associations locales et les élus qui souhaitent faire avancer leur territoire vers un modèle plus respectueux de la nature et plus juste. »

Et pour établir les 32 mesures de ce pacte, pas moins de 18 mois de concertation ont été nécessaires. Les 60 organisations et 1135 citoyens impliqués dans sa rédaction se sont réunis en consultation nationale pour développer un programme dont les mesures couvrent « toutes les facettes de la vie d’une commune, depuis l’éclairage public jusqu’aux cantines scolaires et aux transports. » Un comité de scientifiques, de représentants d’organisations, d’élus et de citoyens les a ensuite consolidées. Les mesures retenues s’organisent autour de trois grands principes : la sensibilisation et formation à la transition, la co-construction des politiques locales et l’intégration des impacts à long terme et de l’urgence climatique et sociale.

Publié en mai dernier, le Pacte a été approuvé par les habitants de 2 000 communes aux quatre coins de la France et des DOM-TOM. Des habitants, majoritairement sans passé militant, mais qui aspirent au développement de projets de durabilité pour leur commune avec le soutien d’organisations locales et des élus. Une nouvelle preuve que les préoccupations écologiques touchent de plus en plus les citoyens « lambda » et plus seulement les militants jugés radicaux.

« Nous ne sommes plus dans les intentions mais dans l’action. Nous sommes dans la décennie clé pour agir » Myriam Vialat, habitante engagée (Perros Guirec)

Le scrutin des municipales de cette année sera déterminant pour l’avenir de la transition écologique alors que les urgences climatiques et sociales se rapprochent d’un seuil de plus en plus critique. Choisir l’indifférence, le déni ou se replier dans la réaction marquera un tournant décisif vers le désastre. Car alors que l’État n’est pas à même de se charger de ces problématiques, ce sont désormais aux citoyens eux-mêmes qu’il appartient d’y apporter des réponses à leur échelle locale. Avec le Pacte pour base commune à tous, les priorités locales sont définies dans chaque commune en concertation avec les habitants. Et c’est grâce à la mobilisation des citoyens que sont organisées chaque semaine des rencontres locales, des consultations, des rencontres avec les candidats.

Réunion à Montlouis-sur-Loire

En sus, tous les deuxièmes mercredis du mois sont organisés des Webinaires auxquels sont conviés des intervenant(e)s expert(e)s de thématiques liées au Pacte pour la Transition. Parmi les thématiques déjà abordées dont les enregistrements sont disponibles sur youtube : la mobilisation et la communication au niveau local, la démocratie : les élus locaux peuvent-ils agir seuls ?, l’énergie : vive le trio « sobriété, efficacité, énergies renouvelables », l’agriculture et l’alimentation sur la question des cantines bio, l’accès aux droits ou encore la lutte contre les projets inutiles et imposés. Et en complément, les liens pdf des documents supports des Webinaires sont disponibles à cette adresse. Le prochain Webinaire aura lieu le 4 mars de 19h à 20h30 et sera un « Spécial élections ».

Pour les lecteurs désirant à leur tour s’engager, il suffit de se rendre sur la page d’accueil site du Pacte pour la Transition et, après une rapide recherche par nom ou code postal, découvrir les actions déjà mises en place par un collectif dans sa commune. S’il n’y en a aucune pourquoi ne pas se lancer et devenir initiateur du Pacte ? Quant aux candidats aux élections, ils sont invités à signer au moins dix des mesures du Pacte et à les intégrer à leur programme. Des engagements qui seront rendus publics deux semaines avant le 1er tour des élections municipales. Et après l’élection, la mise en œuvre des engagements pris pourra être suivie par les habitants de la commune.

Si dans toute la France on compte désormais plus de 2 000 communes qui se sont engagées en faveur du Pacte pour la Transition, il en reste toutefois plus de 33 000 à mobiliser. L’information étant peu relayée dans les médias classiques, il est normal que le développement reste lent. C’est donc de la mobilisation de tous les citoyens français pour le faire connaître et des décisions prises par les (futurs) élus engagés que va dépendre l’avenir du Pacte pour la Transition.

« La transition doit avoir lieu à toutes les échelles, et les communes peuvent être le fer de lance de ce mouvement. L’échelle locale est essentielle pour expérimenter et diffuser les solutions qui feront le monde de demain. Nous avons notamment rédigé le Pacte pour soutenir les habitants qui ont envie de construire des alternatives dans leur commune, mais qui n’en ont pas toujours les moyens techniques. » Julien Noe, Directeur général adjoint d’Enercoop.

Quelques collectifs locaux

Car arriver à planter les graines de la transition écologique à l’échelon local signifie aussi les faire croître en vue d’un horizon élargi, au niveau départemental, puis régional et à terme national. Pour s’assurer ainsi un futur où nous n’aurons pas à redouter les conséquences de la crise climatique et sociale qui nous guette chaque jour davantage.

CRÉATION DE L’ASSOCIATION ALTERNATIBA-SOULTZ

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Le 23 novembre 2019, une douzaine de citoyen-ne-s ont créé l’Association Alternatiba-Soultz.

Ils viennent d’un territoire englobant la vallée de Guebwiller, Rouffach, Ensisheim, Cernay et Thann.

L’association a pour projet de développer les alternatives individuelles, collectives, territoriales et systémiques pour réduire les conséquences du dérèglement climatique, la perte de la biodiversité et l’injustice sociale.

Elle se réclame des valeurs d’Alternatiba, et mène les actions suivantes :

  • l’organisation d’un Village des alternatives qui se tiendra le 21 juin 2020 à la Mab de Soultz,
  • la création d’événements tout le long de l’année pour informer le public, présenter les alternatives, développer le lien social,
  • la participation aux actions locales, régionales et nationales répondant à nos valeurs : Stocamine, Coquelicots, Vélorution, etc

L’association se réunit habituellement tous les 15 jours, le mardi soir à 19h à la MJC de Soultz.

Si vous souhaitez plus d’informations et si vous voulez agir, contactez les à l’adresse suivante :

soultz@alternatiba.eu